‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 83 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

fois, il avait la sagesse de se contenter de la réalité du pouvoir et d'en laisser aux autres l'apparence1.

Sunderland conseille au roi de donner la préférence aux Whigs.

Sunderland était d'avis que, tant que le roi chercherait à tenir la balance entre les deux grands partis et partagerait égelement entre eux ses faveurs, tous deux se considéreraient comme victimes d'une injustice, et que ni l'un ni l'autre ne prêteraient au gouvernement ce cordial et ferme appui dont il avait alors tant besoin. Selon lui, il fallait que Sa Majesté se décidât à accorder à l'un ou à l'autre une préférence marquée, et trois raisons puissantes plaidaient pour les AVliigs.

Raisons de préférer les Whigs.

En premier lieu, les Whigs étaient en principe attachés à la dynastie régnante; à leurs yeux, la Révolution n'était pas seulement un acte nécessaire et qu'on pouvait justifier, c'était encore un événement heureux et glorieux, c'était le triomphe de leur théorie politique. Lorsqu'ils jurèrent obéissance et fidélité à Guillaume, ils le firent sans scrupule ni réserve, et ils étaient si loin d'élever aucun doute sur son titre que, pour eux, c'était là le meilleur de tous les titres. Les Tories, au contraire désapprouvaient, pour la plupart, le vote de la Convention qui avait placé le prince d'Orange sur le trône. Quelques-uns d'entre eux étaient Jacobites au fond du cœur et ils ne lui avaient prêté serment de fidélité que pour être mieux en mesure de lui nuire. D'autres, tout en croyant de leur devoir de lui obéir comme au Roi de fait, niaient qu'il fût le roi de droit, et, s'ils lui étaient attachés, c'était sans enthousiasme. Il n'y avait donc pas à hésiter sur le choix de celui des deux partis que Guillaume devait investir de sa confiance.

En second lieu, dans les projets qui lui tenaient alors plus particulièrement au cœur, le parti whig était disposé à l'appuyer énergiquement; le parti tory, au contraire, tendait à en traverser l'exécution. Une question préoccupait fort alors la nation, c'était de savoir comment la guerre

» L'Hermilage, 19 (29) septembre, 2 (12) octobre 1693. \

devait être conduite- Sur ce point, les deux partis professaient des opinions très-différentes. Depuis longtemps une doctrine se développait parmi les Tories, c'était que la politique de l'Angleterre devait être strictement insulaire, qu'elle devait donner aux États-Généraux, à la maison d'Autriche et aux princes de l'Empire la défense des Flandres et du Rhin, qu'elle devait poursuivre avec vigueur sur mer les hostilités, mais n'entretenir en fait d'armée qu'une force suffisante pour repousser, avec l'aide de la milice, une invasion. L'adoption de ce système devait tout naturellement entraîner une réduction immédiate des taxes qui pesaient le plus lourdement sur la nation. Mais les Whigs soutenaient que la nation achèterait bien cher ce soulagement. Des milliers de braves soldats anglais se trouvaient alors dans les Flandres, et cependant les alliés n'avaient pu empêcher les Français de prendre Mons en 1691, Namur en 1692, Charleroy en 1693. Si l'on retirait les troupes anglaises, la chute d'Ostende, de Gand, de Liège, de Bruxelles était certaine. Les princes allemands se hâteraient de faire la paix, chacun pour leur compte; les Pays-Bas espagnols seraient probablement annexés à la monarchie française. Les Provinces-Unies se trouveraient de nouveau dans un grand péril, comme en 1672, et accepteraient les conditions qu'il plairait à Louis de leur imposer. En quelques mois, le roi de France, redevenu maître de ses mouvements, déploierait toutes ses forces contre notre île. Ce serait alors pour nous une lutte de vie ou de mort. Sans doute, il était à espérer que nous saurions défendre notre territoire, même contre un général et contre une armée tels que l'armée et le général qui avaient gagné la bataille de Landen, mais la lutte serait longue et difficile. Que de fertiles provinces seraient changées en déserts, que de villes Hérissantes seraient réduites en cendres avant que les envahisseurs fussent anéantis ou repoussés! Une seule campagne heureuse dans les comtés de Kent et de Middtesex ferait plus pour appauvrir la nation que dix campagnes désastreuses dans le Brabant. Il est à remarquer que celte discussion entre les deux partis nationaux se renouvela régulièrement pendant soixante-dix ans, chaque fois que notre pays fut en guerre avec la France. Cette doctrine que l'Angleterre ne devait point se lancer dans de grandes entreprises

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