‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 84 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

militaires sur le continent continua à être un des articles fondamentaux du catéchisme politique des Tories, jusqu'au moment où la Révolution française amena un changement complet dans leur manière de voir à cet égard1. Comme le plus vif désir de Guillaume était d'ouvrir avec un immense déploiement de forces la campagne de 1694 dans les Flandres, il savait à quel parti il devait demander aide et assistance.

Chefs du parti whig.

Enfin , les Whigs étaient le parti le plus fort dans le Parlement. Les élections générales de 1690, il est vrai, ne leur avaient pas été favorables; ils s'étaient trouvés, pendant un temps en minorité, mais, depuis lors, ils avaient constamment gagné du terrain. Ils formaient maintenant par le nombre une bonne moitié de la Chambre-Basse, et leur force effective était plus qu'en proportion de leur nombre, car pour l'énergie, l'activité et la discipline, ils avaient sur leurs adversaires une supériorité décisive. Leur organisation n'était pas, il est vrai aussi parfaite qu'elle le devint plus tard, mais ils avaient déjà commencé à se grouper autour d'un petit noyau d'hommes distingués qui par la suite formèrent cette association si connue sous le nom de Junte. Il n'y a peut-être rien de comparable, dans l'histoire ancienne et moderne, à l'autorité que ce conseil exerça, pendant une période orageuse de vingt années, sur tout le parti whig. Les personnages qui acquirent cette autorité au temps de Guillaume et de Marie la possédèrent sans interruption, au pouvoir comme en dehors du pouvoir, jusqu'à l'avènement de Georges Ier.

Russell.

L'un d'eux était Russell. Nous possédons aujourd'hui des preuves irrécusables de ses honteuses intrigues avec la cour de Saint-Germain ; mais ces preuves ne furent découvertes que bien des années après sa mort. S'il se répandit à l'étranger des bruits sur sa trahison, ces bruits étaient vagues et

1 II est amusant de voir éclater le torysme de Johnson là où l'on s'y attendait le moins. Hastings dit, dans la troisième partie de Henri VI : « Mettons notre confiance en Dieu et dans les mers qu'il nous a données comme une barrière infranchissable ; défendons-nous avec leur seul secours.» Ceci, dit Johnson en note, a été l'avis de quiconque, dans tous les temps, a compris et soutenu les intérêts de l'Angleterre,

sans vraisemblance : ils ne reposaient sur aucun témoignage, sur aucune autorité digne de foi, et les contemporains de Russell étaient fondés, en quelque sorte, à les considéra comme des calomnies jacobites. Mais il y avait une chose certaine, c'est qu'il sortait d'une maison illustre qui avait fait de grandes choses et beaucoup souffert pour la liberté et la religion protestante, — c'est qu'il avait signé l'invitation du 30 juin; qu'il avait débarqué avec le libérateur àTorbay; que, dans toutes les occasions, il avait parlé et voté dans le Parlement en Whig zélé pour les intérêts du parti ; qu'il avait gagné une grande bataille; qu'il avait sauvé son pays d'une invasion, et que depuis qu'il avait quitté l'Amirauté tout allait mal. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ait exercé sur son parti une inlluence considérable.

Mais le plus grand homme parmi les membres de la Junte, et, sous certains rapports, le plus grand homme de cette époque, était le Lord Chancelier Somers. Il était également éminent comme jurisconsulte et comme politique, comme orateur et comme écrivain. Ses discours ont péri, mais ses papiers d'Etat restent et sont des modèles d'éloquence polie, lumineuse et noble. Il avait laissé une grande réputation dans la Chambre des Communes, où, pendant quatre années, on l'avait toujours écouté avec un extrême plaisir; les membres du parti whig le considéraient encore comme leur chef et continuaient à tenir leur réunion dans sa maison. Dans la haute position à laquelle il avait été récemment élevé, il s'était conduit de telle façon qu'au bout de quelques mois l'esprit de faction et l'envie même avaient cessé de murmurer de son élévation. De fait, il réunissait toutes les qualités d'un grand magistrat, un esprit vaste, prompt et pénétrant, activité, caractère intègre, patience, douceur. Dans le conseil, la modération pleine de sagesse dont il était doué à un degré qu'on trouve rarement parmi les hommes de facultés aussi vives et d'opinions aussi tranchées que les siennes, iui acquit l'autorité d'un oracle. La supériorité de ses talents n'éclatait pas moins dans les sociétés particulières. Le charme de sa conversation était relevé par la franchise avec laquelle il exprimait ses pensées '. Sa bonne hu-

* Swift, dans son ktiquëlc sur la conduite du dtrnUr ministre de h

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