‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 90 sur 246 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

jeté les yeux, sur le Speaker Trevor, mais sa cupidité, son impudence, sa vénalité étaient devenues si notoires que tous les gentilshommes qui se respectaient, à quelque nuance d'opinion qu'ils appartinssent, rougissaient de le voir au fauteuil. Des vieux membres du parti tory, sir Christophe Mulgrave seul avait un grand poids.

En réalité, les véritables chefs du parti étaient deux ou trois personnages qui avaient été nourris dans des principes diamétralement opposés au Torysme, qui avaient poussé les doctrines des Whigs jusqu'à la limite du républicanisme et qui avaient été considérés non pas simplement comme des Loïc Churchmen, mais presque comme des presbytériens. Parmi les personnages, les leux plus éminents étaient deux grands tqmn» du Herefordshire, Robert Harley et Paul Foley.

Harley.

La place que Robert Harley occupe dans l'histoire de trois règnes, son élévation, sa chute, l'influence que dans une crise mémorable il exerça sur la politique de toute l'Europe, l'étroite intimité dans laquelle il vécut avec quelques-uns des plus grands esprits et des poètes les plus célèbres de son siècle, le retour fréquent de son nom dans les œuvres de Swift, de Pope, d'Arbuthnot et de Prior, tout cela attirera toujours sur lui l'intérêt, et cependant l'homme en lui-même était le moins intéressant de tous les hommes. Il y a en effet un étrange contraste entre les qualités si ordinaires de son esprit et les vicissitudes si extraordinaires de sa fortune.

H appartenait à une famille de Puritains. Son père, sir Edouard Harley, s'était distingué parmi les patriotes du Long Parlement, avait commandé un régiment sous Essex, avait, après la Restauration, fait à la cour une vive opposition, avait voté pour le Bill d'Exclusion, donné asile aux prédicateurs dissidents, fréquenté les chapelles des Non-Conformistes et s'était mis en hostilité si ouverte avec le pouvoir que lorsque éclata l'insurrection de l'Ouest, il fut mis en état d'arrestation et qu'on lit des perquisitions dans sa maison pour y découvrir des armes. Lorsque les Hollandais s'avancèrent de Torbay sur Londres, il se déclara ainsi que son iils aîné,

Robert, pour le prince d'Orange, et un Parlement libre leva un corps de cavalerie considérable, s'empara de Worcester et lit éclater son zèle contre le papisme en mettant publiquement en pièces dans la grande rue de cette ville un morceau de sculpture que ces farouches puritains regardaient comme un signe d'idolâtrie. Bientôt après, la convention se transforma en Parlement, et Robert Harley fut envoyé à Westminster comme représentant d'un bourg du Cornouailles; sa conduite fut telle qu'on devait l'attendre d'un homme de sa naissance et de son éducation. Il se rangea sous la bannière des Whigs et se montra l'un desWhigs les plus intolérants et les plus vindicatifs. Il ne lui fallait pas moins, pour le contenter, qu'une proscription générale des Tories. Son nom figure dans la liste des membres qui votèrent pour la clause deSacheverell, et, aux élections générales qui eurent lieu au printemps de 1690, le parti qu'il avait persécuté fit de grands efforts pour l'écarter de la Chambre des Communes. Un cri s'éleva que les Harleys étaient les ennemis mortels de l'Eglise. Ce cri eut une telle puissance que ce ne fut qu'avec peine qu'aucun des membres de la famille put obtenir un siège dans le Parlement '. Tel fut le commencement delà vie publique d'un homme dont la populace jacobite, vingt cinq ans plus tard, accouplait dans ses acclamations, le nom à celui de la Haute Eglise 2.

Toutefois, on ne tarda pas à observer que, dans tous les votes, Harley se trouvait en compagnie de gentilshommes qui tenaient ses opinions en horreur. Ceci n'avait rien d'étonnant, car il affectait le caractère d'un Whig de l'ancienne école, et l'on sait qu'avant la Révolution on avait toujours regardé les Whigs comme des gens qui surveillaient avec jalousie tout exercice de la prérogative royale, lents à dénouer les cordons de la bourse et extrêmes dans leur empressement cà signaler les fautes des Ministres de la couronne. C'est à cette école du Whigisme qu'IIarley faisait profession d'appartenir. 11 n'admettait pas que le récent changement de dynastie eût rien changé aux devoirs d'un représentant du

' C'est dans les Mémoires inédits d'Edouard Harley, frère cadet de Robert, que j'ai puisé une grande partie des détails ci-dessus sur les Harlej S. Une copie de ces Mémoires se trouve daos les Manuscrits de Slackintosh.

' Iligh-Church.

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