CHAPITRE II
homme qui avait beaucoup lu, c'était un profond penseur, et il était plus propre à conduire les affaires de l'État que les plus beaux parleurs du monde. Harley soutint longtemps ce rôle avec une finesse qui se rencontre fréquemment en compagnie de la médiocrité ambitieuse et remuante. Il avait constamment, même avec ses meilleurs amis, un air de mystère et de réserve qui semblait indiquer qu'il connaissait d'importants secrets et que sa tête était en travail de quelque vaste dessein. De cette manière il acquit et conserva longtemps une haute réputation de sagesse. Ce ne fut que lorsque cette réputation eut fait de lui un comte, un chevalier de la Jarretière, un Lord grand-trésorier d'Angleterre, et le maître des destinées de l'Europe, que ses admirateurs commencèrent à découvrir que ce n'était en réalité qu'un personnage lourd et à idées creuses ou embrouillées '. C'est peu après les élections générales de 1690 que Harley qui votait habituellement, comme nous l'avons dit, avec les Tories, commença à passer au Torysme. Ce changement s'opéra graduellement, d'une manière imperceptible, mais n'en fut pas moins réel. Harley soutint d'abord la doctrine des Tories, que l'Angleterre devait se borner à une guerre maritime, puis il ressentit l'antipathie des Tories contre les Hollandais et les hommes d'argent. L'antipathie contre les Dissidents, nécessaire pour achever son nouveau personnage, ne lui vint que beaucoup plus tard. Enfin, la transformation fut complète, et l'ancien habitué des Conventicules devint un intolérant High Churchman. Dans les derniers temps de sa vie toutefois, les traces de sa première éducation reparaissaient de temps à autre, et, tout en se conformant aux pratiques de Laud, il lui arrivait parfois d'écrire dans le style des puritains fanatiques tels que le fameux Loué-Soit-Dieu Barebones 2.
' Pour connaître le caractère de Harley, il faut lire une masse de panégyriques et de satires, les œuvres et la correspondance particulière de Swift, de Pope, d'Arbuthnot, de Prior et des Bolingbroke et une multitude d'ouvrages tels que : le Bœuf et le Taureau, le grand Docteur allemand et {'Histoire de Robert Powell, le Montreur de Marionnettes.
' Pr aise- God Barebones.— Dans une lettre datée du 12 septembre 1709, peu de temps avant qu'il eût été porté au pouvoir sur les épaules de la populace de la High Church, il dit : « Mou àme a été parmi les lions, c'est-àdire parmi ici lils des hommes dont les dents sou t des, lauces et des flèches
Foley.
De Paul Foley, nous savons comparativement peu de chose. Son histoire, jusqu'à un certain point, ressemble beaucoup à celle de Harley, mais il paraît avoir été supérieur à celui-ci pour les talents comme pour l'élévation du caractère. Il était fils de Thomas Foley, homme nouveau, mais d'un grand mérite, qui, entré dans la vie avec rien, s'était fait dans les forges une belle fortune, renommé en outre pour son intégrité sans tache et sa charité pleine de munificence. Les Foley étaient, comme leurs voisins les Harley, Whigs et Puritains. Thomas Foley vivait dans des termes d'une étroite intimité avec Baxter qui, dans ses écrits, parle de lui dans les termes de la plus vive estime. Les opinions et les attachements de Paul Foley furent d'abord ceux de sa famille. Mais, comme Haiiey, la violence même de ses convictions whigs en fit un allié des Tories, et peutêtre comme Harley se serait-il métamorphosé complètement en Tory si le cours de cette transformation n'eût été interrompu par la mort. Foley était doué de talents remarquables que l'éducation avait encore développés. Sa fortune l'avait dispensé de faire de la jurisprudence sa profession, mais il avait cultivé avec soin la science du droit. Sa moralité était sans tache; le plus grand défaut qu'on pût lui reprocher c'était de faire parade avec trop d'ostentation de son indépendance et de son désintéressement, et de gronder sans cesse dans la crainte qu'on ne le prit pour un llatteur.
Howe.
Il est un troisième converti dont nous devons parler : — Howe, tout récemment encore le plus violent des Whigs, était devenu, par la perte de sa place, le plus violent des Tories. Le déserteur n'apporta, à son nouveau parti, ni poids de caractère, ni capacité ou semblant de capacité pour les grandes affaires, mais beaucoup d'habileté parlementaire d'un ordre inférieur, beaucoup de dépit et beaucoup d'im-
el les langues des glaives tranchants. Mais je sais combien il est doux de servir le Seigneur et d'avoir son âme en paix. » Celle lettre était adressée à Carstairs, mais je doute que Harley eût tenu ce langage de cafard eu écrivant à Atterbury.