CHAPITRE II
pudence. Aucun orateur de ce temps ne semble avoir possédé au même degré, à la fois, le pouvoir et la volonté de molester le gouvernement.
Le concours de ces trois personnages fut accepté avec empressement par les Tories, mais il était impossible qu'ils pussent encore exercer sur le parti l'autorité de chefs reconnus, car ils se donnaient encore le nom de whigs et appuyaient en général leurs votes en faveur des Tories par des arguments fondés sur les principes des Whigs l.
D'après ce tableau de l'état des partis dans la Chambre des Communes, on comprend que Sunderland avait raison de conseiller à Guillaume de confier aux Whigs les rênes de l'administration. Le roi, toutefois, hésita longtemps avant de se décider à abandonner la position neutre qu'il occupait depuis si longtemps entre les deux partis. Si l'un de ces partis était disposé à mettre en question son titre, l'autre était en principe hostile à sa prérogative. Se souvenant encore avec amertume de la conduite déraisonnable et vindicative de la Convention à la fin de 1689 et au commencement de 1690, il reculait à l'idée de se mettre entièrement entre les mains des hommes qui s'étaient opposés au Bill d'Amnistie, qui avaient voté pour la clause de Sacheverell, qui avaient voulu l'empêcher de prendre le commandement de son armée en Irlande, et qui l avaient accusé de tyrannie et d'ingratitude, uniquement parce qu'il refusait de leur servir d'esclave et de bourreau. Il s'était alors, par un effort aussi hardi qu'inattendu, délivre de leur joug, et il n'était point tenté d'y tendre de nouveau sa tête. Il haïssait personnellement Wharton et Russell. Il avait une haute idée de la capacités de Caermarthen, de l'intégrité de Nottmgliam, de l'activité et de L'habileté financière de Godophin. Ce ne fut que lentement, par degrés, que les arguments de Sunderland, appuyés par la force des choses, triomphèrent des objections du roi.
* La position anormale qu'occupaient alors Harley et Foley est constatée dans ce passage d'un dialogue entre un Whig et un Tory, 1693 : « Votre grand P. F.... y, dit le Tory, s'est fait Cadet et il porte les'armessous le général des Saxons de l'ouest. Les deux Har.ys, père et tils. servent dans le génie sous i'ex-lieutenant d'artillerie, et lancent des bombes contre tout Bill que celui-ci a décidé de réduire en cendres. » Seymour est le général des s.ixons de l'ouest. Mulgrave avait été lieutenant de l'artillerie sous le règne de Charles II.
Réunion du Parlement.
Le 7 novembre 1693, le Parlement se réunit, et la lutte des partis commença immédiatement. Guillaume, dans son discours d'ouverture, insista auprès des Chambres sur la nécessité de faire un vigoureux effort pour arrêter le progrès de la France sur le continent. « Dans la dernière campagne, » dit-il, « elle avait sur tous les points l'avantage du nombre et, par suite, il avait été impossible de lutter contre elle. Les alliés de Guillaume avaient promis d'augmenter leur effectif, et il espérait que les Chambres lui fourniraient les moyens de faire de même '. »
Débats sur les revers maritimes.
Dans la séance suivante, les Communes prirent en considération le discours du roi. Le revers de la flotte de Smyrne fut le principal sujet mis en discussion. De toutes parts on demanda une enquête, mais il était évident que les deux partis la demandaient par des motifs tout différents. Montague prit la parole au nom des Whigs. Il déclara que les désastres de l'été ne pouvaient, dans son opinion, s'expliquer seulement par l'ignorance et L'imbécillité de ceux qui étaient chargés de l'administration navale. Il devait y avoir eu trahison. Il était impossible de croire que Louis, lorsqu'il envoya son escadre de Brest au détroit de Gibraltar, et laissa sans défense toute la côte de son royaume, de Dunkerqui' à liayonne, se fût confié seulement au hasard. Il devait savoir pertinemment que sa flotte rencontrerait une immense butin escorté par un faible convoi. S'il y avait eu trahison de la part des uns, il y avait eu incapacité de la part des autres. L'Etat était mal servi. El alors L'orateur prononça un chaud panégyrique de son ami Somers. « Plût à Dieu que tous les gens en place suivissent l'exemple de mylord Chancelier; s'ils distribuaient leur patronage d'une manière aussi judicieuse et avec autant de désintéressement que lui, on ne verrait pas dans les emplois publics des gens qui louchent des traitements sans remplir les obligations de leur pli Une motion fut présentée et votée à L'unanimité, portant
' Procès-Verbaux des Lords et des Communes, i uu\ ombre I693<