‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 94 sur 246 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

que les Communes promettaient leur concours à Leurs Majestés, et qu'elles se mettraient immédiatement à rechercher les causes du désastre de la baie de Lagos ».

Les Lords de l'Amirauté reçurent Tordre de produire une masse considérable de documents. Le roi envoya des copies des dépositions faites devant le comité du Conseil que Marie avait chargé d'instituer une enquête sur les plaintes des marchands du Levant, qui furent eux-mêmes mandés et interrogés. Rooke, quoique trop malade pour se tenir debout ou parler, se lit apporter à la barre dans une chaise à porteurs, et là rendit compte de la manière dont les choses s'étaient passées. Les Whigs jugèrent bientôt qu'ils avaient les éléments suffisants pour infliger un vote de censure à l'administration navale, et ils proposèrent une résolution attribuant le revers de la flotte de Smyrne à l'incapacité et à la trahison. Qu'il y eût eu incapacité, la question ne faisait pas de doute, mais le fait de la trahison n'était certainement pas prouvé. Les Tories demandèrent qu'un supprimât le mot de trahison. Une division eut lieu, et les Whigs l'emportèrent à 140 voix contre 103. Wharton fut le scrutateur de la majorité2.

Il était donc décidé qu'il y avait eu trahison, mais oh ne savait pas encore quel était le traître. De vifs débats s'élevèrent sur ce point. Les Whigs essayèrent de rejeter le blâme sur Killegrew et Délavai, qui appartenaient au parti tory. De leur côté, les Tories firent tous leurs efforts pour faire retomber la faute sur le Département des Vivres, lequel était sous la direction des Whigs. Mais la Chambre des Communes s'est toujours montrée plus disposée à accepter des votes de censure, rédiges dans des termes généraux, qu'à flétrir les individus en les désignant nominativement. Uue résolution tendante à décharger le Bureau des Vivres fut proposée par Montague, et volée, après un débat de deux jours, par 188 voix contre 152 3. Mais lorsque le parti victorieux présenta à son tour une motion inculpant les amiraux, les Tories accoururent en masse de la province, et, après un débat qui dura de neuf heures du matin jusqu'à près de

* Procès-Verbaux des Communes, 13 novembie 1G03; Débats de Grey.

' Proci's-Verbaux des Communes, 17 novembre 1693.

\ Frocè$-Yerbaux des Communes, 22, 27 novembre W'Jo ; Débals de Grey.

onze heures du soir, ils réussirent à sauver leurs amis. Il y eut 170 non et seulement 161 oui. Quelques jours après, les Whigs revinrent à la charge, mais sans plus de succès. Ils furent balus par 185 non contre 175 oui. Dans ces deux circonstances, l'infatigable et implacable Wharton fut le scrutateur de la minorité ».

Russell nommé premier Lord de l'Amirauté.

En dépit de cet échec, l'avantage resta décidément aux Whigs. Les Tories qui étaient à la tête de l'administration échappèrent, il est vrai, à une mise en accusation, mais il s'en était fallu de si peu pour eux, que le roi se vit dans l'impossibilité de les garder plus longtemps au service de l'Etat. L'avis de Sunderland prévalut. Une nouvelle commission de l'Amirauté fut formée et Russell nommé premier Lord. Déjà il avait été désigné pour le commandement de la flotte de la Manche.

Retraite de NottiDgham.

L'élévation de Russell obligea Nottingham à se retirer. En effet, bien qu'il ne fût pas extraordinaire à celle époque de voir des hommes qui étaient personnellement et politiquement hostiles les uns aux autres occuper en même temps de hauts emplois dans l'administration, cependant les relations entre le Premier Lord de l'Amirauté et le secrétaire d'Etat dans les attributions duquel rentrait ce que l'on appellerait aujourd'hui le département de la guerre, ces relations étaient d'une nature tellement particulière que l'intérêt du semée public exigeait qu'il y eût entre eux une coopéralion cordiale. Or, on ne pouvait espérer une semblable coopération entre Nottingham et Russell. « Je vous remercie, dit Guillaume à Nottingham, de vos services. Je n'ai eu à me plaindre en rien de votre conduite. Ce n'est que la nécessité qui me force à me séparer de vous. » Nottingham se relira avec dignité. Bien que très-honnête homme, il sortit de place plus riche qu'il n'y était entré cinq ans auparavant. Ce que l'on considérait alors comme les émoluments légitimes de sa

' Procès-Verbaux des Communes, 29 novembre, 6 décembre 1693; L'Hermitoge, I ((') dô^embre IG93.

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