‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 98 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

jeu de sinistres influences et exprima le désir de voir le roi entouré de conseillers en qui les représentants du peuple pussent avoir confiance. Harley, Foley et Howe emportèrent tout devant eux. Une résolution qui qualifiait d'ennemis publics ceux qui avaient conseillé le roi dans cette circonstance, fut votée à l'unanimité moins deux ou trois voix. Ilarley, après avoir rappelé à ses collègues qu'ils avaient leur vote comme le roi avait le sien, et que si Sa Majesté leur refusait justice ils pouvaient lui refuser de l'argent, proposa que la Chambre se rendît en masse auprès du trône, non pas, comme d'habitude, avec une humble adresse, mais avec des représentations. Quelques membres demandèrent que l'on substituât le mot plus respectueux d'adresse, mais cette proposition fut repoussée, et l'on nomma un comité chargé de rédiger les représentations.

Une seconde nuit se passa, et lorsque la Chambre se réunit de nouveau, l'orage parut s'être considérablement apaisé. La joie maligne et les espérances sauvages que les Jacobitcs, pendant les quarante-huit heures qui venaient de s'écouler, avaient exprimées avec leur imprudence habituelle, avaient enflammé et alarmé les Whigs et les Tories modérés. Un grand nombre de membres aussi furent saisis d'effroi en apprenant que Guillaume était fermement résolu à ne point céder sans faire un appel à la nation. Or, un appel de ce genre aurait pu réussir, car une dissolution, sous quelque prétexte que ce fût, eût été, à ce moment, un exercice trèspopulaire de la prérogative. Les collèges électoraux, on le savait, s'étaient en général prononcés avec chaleur' pour le Bill Triennal, mais se souciaient relativement fort peu du Bill des Places. Il en résultait qu'un grand nombre de membres du parti tory, qui avaient récemment voté contre le Bill Triennal, n'étaient, en aucune façon, désireux de courir les risques d'une élection générale. Lorsque Harley et ses amis lurent les remontrances qu'ils avaient préparées, elles furent trouvées trop fortes et offensantes pour le roi, et ce ne fut qu'après avoir été renvoyées en comité, abrégées et adoucies, que la Chambre en corps les présenta. La réponse de Guillaume fut bienveillante et douce, mais il ne tit aucune concession. Il assura aux Communes qu'il se souvenait avec gratitude de l'appui qu'il avait reçu d'elles en tant de cir-

constances, qu'il ferait toujours le plus grand cas de leurs conseils, et qu'il regarderait comme ses ennemis les conseillers qui tenteraient de semer la dissension entre lui et son Parlement; mais il ne prononça pas un mot que l'on pût interpréter comme un aveu qu'il avait fait un mauvais usage de son veto, ou comme une promesse qu'il ne retomberait plus dans la même faute.

Le lendemain, les Communes prirent son discours en considération. Harley et ses alliés se plaignirent que la réponse du roi n'en fût pas une, menacèrent de lier le Bill des Places à un bill de Subsides, et proposèrent d'adresser à Sa Majesté de nouvelles représentations pour la forcer à s'expliquer plus clairement. Mais alors il s'était opéré dans l'esprit de l'assemblée une réaction énergique. Revenus de leur elfroi, les Whigs étaient pleins d'ardeur et d'impatience. Wbarlon, Russell et Littleton soutinrent que la Chambre, devait se tenir pour satisfaite de ce que le roi avait dit. « Voulez-vous, » s'écria Littleton, « faire la joie de vos ennemis? Us ne manquent pas. Ils assiègent nos portes. Nous lisions, en passant dans les couloirs, dans les yeux, dans les gestes de chaque Non-Jureur près duquel nous passions, le ravissement que leur cause le refroidissement momentané qui est survenu entre nous et le roi. Que ceci nous sullise. Nous pouvons être sûrs de ne pas nous tromper dans nos voles, quand nos votes tendent à confondre les espérances des traîtres. » La Chambre alla aux voix. Harley et Wbarlon furent les deux scrutateurs. 88 membres seulement votèrent avec Harley, et 229 avec Wharton. Les Whigs furent tellement enivrés de leur victoire que quelques-uns d'entre eux voulurent faire la motion de voter des remerciments à Guillaume pour sa gracieuse réponse; mais ils en furent empêchés par des personnes plus sages. « Nous avons perdu assez de temps déjà dans ces malheureux débats, » leur dit un des chefs du parti, « passons le plus vite possible aux voies et moyens. La meilleurs forme que nos remerciments puissent prendre est celle d'un Bill de Subsides '. »

Ainsi finit, plus heureusement pour Guillaume qu'il n'avait droit de l'espérer, un des conflits les plus dangereux

• A Moncy Bill.

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