CHAPITRE I. Q
soit dans la Trésorerie, soit dans le Parlement, sympathisait cordialement avec son chef. Sunderland fut donc laissé sans défenseur, et ses ennemis devinrent de jour en jour plus hardis et plus violents. Sir Thomas Dykc, représentant de Grinslead, et lord Nbrris, fils du comte d'Ahingdon, parlèrent de proposer une adresse an roi pour le prier de bannir à jamais de sa cour et du cabinet ce nouveau conseiller, qui avait égaré les oncles de Sa Majesté, trahi les libertés du peuple et abjuré la religion protestante.
L'inquiétude s'était emparée de Sunderland dès le premier moment où son nom avait été mentionné à la Chambre des communes. Il éprouva alors les angoisses de la terreur. Toute sa vie est une énigme dont on a proposé plusieurs explications peu satisfaisantes, et quelques-unes vraiment absurdes. Nous en aurons le mot si nous le considérons comme un homme insatiable de richesse et de pouvoir, en môme temps que le dange l'agitait d'une peur nerveuse. Il se précipitait avec une avidité vorace sur toutes les amorces offertes à sa cupidité ; mais toute ombre sinistre , tout murmure de menace, suffisaient pour l'arrêter tout court, le faire changer de route ou l'obliger à se cacher loin de tous les yeux. Il aurait dîi, certes, s'estimer bien heuieux lorsque, après tous les crimes qu'il avait commis, il se trouvait jouissant encore de sa galerie de tableaux et de son parc d'Althorpe, occupant un siège à la Chambre des lords, admis dans le cabinet du roi, pensionnaire à la liste civile, consulte sur les plus importantes affaires d'IJat; mais son ambition et son avarice lui avaient interdit le repos jusqu'à ce qu'il eût rempli un poste
supérieur et lucratif, jusqu'à ce qu'il fût le premier ministre (lu royaume. La conséquence à laquelle il aurait dû s'attendre Cul la violente clameur soulevée contre lui : cette clameur, il neiit pas le courage de la braver. Ses amis lui cerlilièrc^it que l'adresse dont on le menaçait ne serait pas votée. Peut être, lui disait-on, le sera-t-cUe par cent soixante membres, mais ce sera le plus. « Cent soixante! s'écria-t-il; aucun ministre ne peut tenir contre cent soixante op|)osants, je ne m'y exposerai pas. » — Il faut se souvenir que cent soixante voix dans une Chambre de cinq cent trente membres corres|)ondraient à plus de deux cents dans la Chambre des communes actuelles; — majorité très-formidable quand il s'agit d une question qui touche de près à la considération personnelle d'un homme public. Guillaume tenait à un serviteur qui lui avait été utile par ses connaissances et son talent. Il le savait sans principes, mais il ne croyait pas qu'il en eût beaucoup moins que la plupart des hommes politiques ses conlempor.)ins : il essaya donc de décider ses collègues à le soutenir. Il était surtout important d'adoucir Wharton, irrité j)ar son récent désappointement et qui avait probablement irrité les autres membres de la Junte. Wharton fut mandé au palais. Le roi lui-même le supplia de se réconcilier avec le Lord chambellan et d'obtenir des chefs whigs dans la Chambre des communes (|u"ils combattraient toute motion que feraient Dyne ou Norris. Wharton répondit de manière à laisser voir fin'on aurait tort de compter sur lui. Sunderland s'abandonna alors à des terreurs intolérables. Il avait prié quel(|ues-uns de ses amis de venir chez lui pour