CHAPITRE II
traiteraient mieux que ne l'avaient l'ait les Castillans.
Quelques heures plus tard, les chefs de l'expédition descendirent sur le rivage et prirent solennellement possession du pays, auxquels ils donnèrent le nom de Calédonia. Ils furent séduits par l'aspect d'une petite péninsule de trois milles de longueur environ et d'un quart de mille de largeur, où ils résolurent de fonder la ville de New-Edimbourg, destinée, pensaient-ils, à devenir le grand marché commercial des deux Indes. La péninsule se terminait par un petit promontoire peu élevé, de trente acres environ, et qui pouvait facilement être transformé en Ile au moyen d'une tranchée. La tranchée fut creusée, et sur le terrain ainsi séparé du continent on construisit un fort ; cinquante canons furent braqués sur les remparts, et l'on bâtit rapidement dans l'endos des maisons que l'on recouvrit de feuilles de palmier.
Des négociations furent ouvertes avec les Chefs, comme on les appela, qui gouvernaient les tribus voisines. On trouva parmi ces souverains sauvages une cupidité aussi insatiable, une jalousie aussi soupçonneuse et un orgueil aussi pointilleux que parmi les potentats dont les disputes avaient fait craindre que le congrès de Ryswick ne fut éternel. Un prince détestait les Espagnols parce que le gouverneur de Porto-Bello lui avait enlevé une belle carabine, sous prétexte qu'une arme semblable était trop bonne pour un peau-rouge. Un autre aimait les Espagnols parce qu'ils lui avaient donné une canne à pomme d'argent. Après tout les nouveaux venus réussirent à se faire une amie de la race aborigène. Un puissant monarque, le Louis le
Grand de l'isthme, qui portait avec orgueil une casquette de roseaux blancs doublée de soie rouge et ornée d'une plume d'autruche, parut bien disposé pour les étrangers; il les reçut avec hospitalité dans un palais construit en cannes et couvert en palmier, où il les régala de calebasses pleines d'une espèce d'ale, faite avec la pomme de terre et le mais fermentes. Un autre chef apposa son sceau sur un traité de paix et d'alliance avec la colonie. Un troisième consentit à devenir vassal de la Compagnie, reçut avec une joie très-vive un brevet d'officier décoré de fils d'or et de rubans à fleurs, se fit verser maintes rasades d'eau-de-vie par ses nouveaux souverains, et les avala à leur santé.
Pendant ce temps, le gouvernement intérieur de la colonie s'organisait d'après un plan imaginé par les Directeurs siégeant à Edimbourg. Les colons furent divisés en bandes de cinquante à soixante. Chaque bande choisit un représentant et ainsi fut formée une assemblée qui prit le maguifiquc nom de Parlement. Ce Parlement rédigea aussitôt un code curieux. Le premier article ordonnait que les préceptes, les instructions, les exemples, les commandements et les défenses exprimés et contenus dans les saintes Ecritures auraient force de loi dans la Nouvelle-Calédonie, ce qui prouve que ceux qui rédigèrent ce statut ne savaient pas ce que contenaient les Ecritures, ou ignoraient ce (jue signifiait une loi. Une autre disposition démontre non moins clairement combien ces législateurs étaient loin de conqirendre les premiers principes de la législation. « Les bienfaits reçus et les bons services rendus seront tdwjoius récompensés avec générosité et reconnaissance.