‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 102 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qu'un marché préalable ait été fait ou non ; et s'il en est autrement, et que le bienfaiteur soit obligé de se plaindre justement de lingralitude, l'ingrat sera tenu de donner une satisfaction triple pour le moins. » Un article qui fait beaucoup plus d'bonneur au petit Parlement de Darien, et qui était très-nécessaire dans une communauté destinée, selon toute apparence, à être continuellement en guerre, défend sous peine de mort le viol des femmes captives.

Pendant ce temps, toutes les Antilles et toutes les côtes du golfe du Mexique étaient dans un- état de fermentation. La nouvelle colonie était l'objet de la haine universelle. Les Espagnols commençaient à faire des armements. Les chefs des possessions françaises dans les Indes Occidentales offrirent avec empressement leurs secours aux Espagnols. Les gouverneurs des établissements anglais publièrent des proclamations qui interdisaient toute communication avec ce nid de flibustiers. Ce fut à ce moment que le Dmiphhi^ vaisseau de quatorze canons, appartenant à la Compagnie écossaise, fut poussé par la tempête sous les murs de Carthagène. Le vaisseau et la cargaison furent confisqués, l'équipage emprisonné et mis aux fers. Quelques-uns des matelots, traités comme des esclaves, se virent forcés de balayer les rues et de travailler aux fortifications. D'autres, et, de ce nombre était le capitaine, furent envoyés à Séville afin d'être jugés pour crime de piraterie. Bientôt un envoyé se présenta à Carthagène avec le pavillon blanc, et, au nom du Conseil de la Calédonie, demanda la délivrance des prisonniers. Il remit aux autorités une lettre qui les menaçait de la

vengeance du roi de la Grande-Bretagne et une copie de l'acte du Parlement, par lequel la Compagnie avait été créée. Le gouverneur castillan, qui savait probablement que Guillaume, comme souverain de l'Angleterre, se dispenserait de proléger les aventuriers qui s'étaient établis à Daricn, sans en avoir le droit, et que comme souverain de l'Ecosse il ne le pourrait pas, jeta la lettre et l'acte du Parlement avec un geste de mépris, appela la garde et no renonça qu'après bien des représentations à mettre le messager en prison. Le Conseil de Calédonie, indigné, délivra des lettres de marque contre les vaisseaux espagnols. Ce que tout homme doué de sens commun avait dû prévoir était arrivé : il n'y avait que peu de mois que le drapeau écossais avait été arboré sur les murs de la Nouvelle-Edimbourg, et déjà une guerre que l'Ecosse était incapable de soutenir sans le secours de l'Anfdeterre avait éclaté.

On savait alors en Europe que le voyage mystérieux des aventuriers du Forth s'était terminé à Darien ; l'ambassadeur du roi catboli(jue se rendit à Kensinglon, et .se plaignit amèrement à Guillaume de cette violation flagrante du droit des gens. On commença à faire dos préparatifs dans les ports espagnols, contre les intrus, mais dans aucun port espagnol on ne fit de vœux plus fervents pour le succès de cette expédition, que dans les villes de Londres et de Bristol. En Ecosse, lexallalion était extrême; dans toutes les églises du royaume, les ministres rendirent de publiques actions de grâces à Dieu pour la protection qu'il avait accordée jusque-là à la colonie unissante; dans cpielipies endroits, un jour fut fixé pour des services religieux à cette intention;

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