CHAPITRE II
din, le grenier et le marché du monde entier, venaient d'arriver dans l'Hudson, maigres, affamés, dévorés par la fièvre.
On peut faedement s'imaginer l'étonnement et la rage de ceux qui, quelques heures auparavant, se considéraient comme les maîtres de la richesse des deux IndeS: Dans leur fureur, les Directeurs perdirent toute modération, et dans leurs lettres officielles se déchaînèrent contre les lâches déserteurs qui trahissaient l'Ecosse. La vérité est que ceux qui employaient ces termes si durs étaient plus dignes de blâme que les malheureux qu'ils avaient envoyés à la mort, et qu'ils injuriaient maintenant parce qu'ils n'étaient pas restés à leurs postes jusqu'à complète destruction. Rien n'était arrivé qu'on n'eût facilement pu prévoir : la Compagnie, se fiant légèrement à la parole d'un enthousiaste faiseur de projets, et en dépit de faits connus, en Europe, de tous les hommes possédant une certaine instruction, avait admis comme certain que des émigrants nés et élevés dans un pays situé à dix degrés du cercle arctique, jouiraient d'une santé excellente à dix degrés de l'équateur ; bien plus, des hommes d'Etat et des lettrés s'étaient laissé persuader qu'un pays qui, comme ils auraient pu le lire dans des livres aussi communs que ceux de Hakluyt et de Purchas, était cité, même parmi les contrées tropicales, pour son insalubrité, un pays que les Espagnols n'avaient abandonné que pour cette seule raison, était un second Montpellier '. Aucune des
' Montpellier avait alors la réputation de la ville la plus saine et favorisée du climat le plus doux de tout le midi. Le nom de Montpellier