‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 108 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ncllcment recommandées à ses soins. Par le fait, les colons ne laissèrent après leur départ aucune trace du passage d'hommes baptisés, à l'exception de quelques jurements anglo-saxons qui, ayant été prononcés plus fréquemment et avec plus d'énergie qu'aucun autre mot de notre langue, avaient frappé l'oreille de la population primitive de l'isthme, qui les avait retenus.

Les mois qui suivirent immédiatement l'arrivée des nouveaux venus étaient les plus froids et les plus salubrcs de l'année. Mais même pendant ces mois l'influence d'un soleil tropical dardant ses rayons sur des marécages couverts d'un impénétrable maquis commença à se faire sentir. La mortalité fut effrayante, et il n'était que trop clair que la seconde colonie, comme la première, aurait à choisir avant que l'été fût bien avancé, entre la mort et la fuite. Mais l'agonie d'une dissolution inévitable fut abrégée par la violence. Une flotte de onze vaisseaux sous pavillon castillan, jeta l'ancre devant New-Édimbourg. En même temps une armée irrégulière d'Espagnols, de créoles, de nègres, de mulâtres et d'Indiens s'avança à travers l'isthme de Panama, et le fort fut bloqué à la fois par terre et par mer.

Un tambour se présenta bientôt avec un message de la part des assiégeants; mais ce message fut complètement inintelligible pour les assiégés. Malgré tout ce que nous avons vu de l'ineptie des Directeurs de la ('ompagnie, il doit sembler étrange qu'ils aient envoyé une colonie dans une partie du monde éloignée où il était certain qu'elle aurait des rapports paisibles ou hostiles, mais constants, avec les Espagnols, et qu'ils

n'aient pas veillé à ce ()ue dans la colonie il se trouvât au moins un Ecossais sachant un peu d'espagnol.

Une négociation fut conduite, non sans quelque difficulté avec le peu de français et de latin que possédaient les deux partis. Avant la fin de mars, un traité fut signé, par lequel les Ecossais s'engagaient h évacuer Darien dans quatorze jours, et le 11 avril, ils partirent, beaucoup moins nombreux qu'ils n'étaient arrivés. Dans un espace d'un peu plus de quatre mois, quoique ces mois fussent les plus sains de l'année, sur treize cents hommes, trois cents avaient été enlevés par les maladies. Parmi les survivants, bien peu revirent leur pays. Deux des vaisseaux périrent. Plusieurs de ces aventuriers qui avaient quitté leurs foyers pleins de l'espoir d'arriver à une rapide fortune s'estimèrent heureux d'entrer au service des planteurs de la Jamaïque, et laissèrent leurs os dans la terre d'exil. Shields y mourut épuisé de fatigue et le cœur brisé. Borland fut le seul ministre qui revint en Ecosse. Dans son récit curieux et intéressant, il exprime ses sentiments avec le langage de la secte dans laquelle il avait été élevé, par des allusions grotesques à l'Ancien Testament et par une prodigalité de mots liéi)reux. Lorsqu'il arriva pour la première fois, nous dit-il, il trouva New-Edimbourg une Ziklag. Il fut obligé dans la suite dbabilor sous les tentes de Kedar. Une fois, il est vrai, durant son séjour, il rencontra un Beer-lahai-roi et dressa son Ebenezer; mais, en général, Darien fut pour lui Magor-Missabib, un Kibroth-IIaltaavah. Sa triste histoire conunence par les paroles (jui furent adressées au grand palriarcho arabe quand. Dieu l'ayant livré à la malice de l'Esprit

des ténèbres, on lui annonça la mort de ses enfants et la perte de tous ses biens : « J'ai échappé seul pour te V apprendre. »

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