CHAPITRE III
Les passions qui avaient agité le Parlement pendant la dernière session avaient continué à fermenter dans les esprits entre deux sessions, et, ne trouvant plus d'issue dans le sénat, elles éclatèrent dans toutes les parties de l'empire, détruisirent la paix des villes, mirent en danger la vie et l'iionneur d'hoaunes innocents et forcèrent des magistrats à quitter le banc de justice pour s'attaquer les uns les autres l'épée à la main. Des malheurs privés et des querelles, qui n'avaient rien de commun avec les différends entre la cour et le pays, furent transformés par les animosités politiques de ce malheureux été de l'année 1699 en événements politiques très-graves.
On se souvient encore d'une triste histoire qui mit en jeu les plus violentes des factions rivales et qui fournit un chapitre curieux à l'histoire de notre jurisprudence médicale. Aucun Whig faisant partie de la Chambre
basse noccupait une plus haute place dans l'opinion publique que ^^iHianl Cowper. Cowper était sans rival dans l'art de se concilier un auditoire. Son éloquence gracieuse et séduisanle jetait un charme sur les jurys, et les Communes même, dans ces moments orageux où nul autre défenseur de l'administration ne pouvait se faire entendre, faisaient silence pour l'écouter. 11 représentait llertford, bourg dans lequel sa famille jouissait d'une influence considérable; mais les électeurs toiles y formaient une minorité importante, et il n'avait pas obtenu son siège au Parlement sans unelultc acharnée qui avait laissé plus d'une rancune amère. Son plus jeune frère, Spencer, homme de talent et instruit, se faisait une nombreuse clientèle d'avocat en suivant les assises.
A llertford, habitait une famille opulente de Quakers nommée Stout. Une femme jeune et jolie, appartenant à cette famille, était tombée depuis peu dans une mélancolie d'un caractère assez fréquent chez les jeunes lilles (|ui, douées d'une grande sensibilité et d'une imagination ardente, sont soumises à la discipline des sectes leligieuses austères. Sa mise, son air, ses manières, annonçaient le désordre de son esprit. Elle donnait (pielquefois à entendre qu'elle n'aimait pas la secte à latpu'lle elle appartenait. Elle se plaignait qu'un batelier hypocrite, qui faisait partie de la confrérie, eût prêché contre elle dans une réunion. Elle menaçait de passer les mers, de se jeter par la fenêtre, de se noyer. Elle avoua à deux ou trois compagnes de sa secte qu'elle avait un amour au cœur, et dans une occasion elle dit clairement fpie celui qu'elle aimait uc j)ourrait jamais