‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 113 sur 147 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

liait comme il espérait être pardonné lui-môme. 11 n'est pas douteux que tuer un homme en duel ne soit, aux yeux de la loi, être coupable d'un assassinat; mais jamais la loi n'avait été strictement appliquée. Cependant sir Edward déclara avec véhémence qu'il voulait vie pour vie. On peut avoir beaucoup d'indulgence pour le ressentiment d'un père tendre que la perte de son fils a rendu fou de douleur ; mais il n'y a que trop de raisons de croire que la haine implacable de Seymour était moins celle d'un père tendre et désolé que la haine implacable d'un agitateur et d'un factieux. Il essaya de tirer parti du désespoir de sa famille et du sang de son premier-né : il en fit ce que nous appelons, dans le jargon de noire temps, « un capital politique.» En exagérant l'importance de cette querelle entre deux jeunes débauchés, querelle que son dénoûment fatal pouvait seul faire remarquer entre cent autres qui avaient lieu journellement dans les théâtres et^dans les tavernes, il la représenta comme une atteinte aux libertés de la nation et une première tentative de tyrannie militaire. Etait-il permis à un soldat d'insulter des gentlemen anglais et de leur couper la gorge parce qu'ils murmuraient? C'est ainsi que la question fut posée. On discuta au Banc de la Cour du roi si Kirke serait admis à donner caution. Shower, comme conseil de Seymour, s'opposa à cette motion. Mais Seymour ne voulait pas laisser l'affaire aux mains de Sohwer. Bravant toute convenance, il alla à Westminsterhall, demanda à être entendu et prononça une harangue contre les armées permanentes. « Voici, dit-il, un homme qui vit de l'argent pris dans nos poches. L'ar-

gument employé pour établir l'impôt nécessaire à sa solde est que son épée nous protège et nous permet de vivre dans la paix et la sécurité. Faut-il donc permettre que cette épée devienne pour nous dans sa main un instrument de mort? » Kirke l'ut jugé et déclaré coupable d'homicide involontaire. Dans ce cas , comme dans celui de Spencer Cowper, on tenta d'obtenir un mandai d'appel, ce qui ne réussit pas, et Seymour fut trompé dans sa vengeance ; mais il ne resta pas sans consolation. S'il avait perdu un iils, il avait rencontré ce qu'il paraissait apprécier tout autant, un texte fertile d'invectives.

Le roi, à son retour du continent, ne trouva pas ses sujets de belle humeur. Toute l'Ecosse, exaspérée de l'issue de la première exi)édilion à Darien, et attendant avec anxiété des nouvelles de la seconde, réclamait un Parlement. Plusieurs des pairs Ecossais portèrent à Kensington une adresse signée par trente-six de leurs collègues qui pressaient vivement Guillaume de convoquer les Etats d'Ecosse à Edimbourg, et de réparer les torts causés à la colonie do la nouvelle Calédonie. Il circulait aussi, parmi le [leuple de son royaume du Nord, une pétition dans le même sens ; elle fut couverte, si le rapport disait vrai, de jiUis de trente mille signatures. Le méconlenlcmenl était loin d'élre aussi grand en Angleterre qu'en Ecosse; mais il était bien suffisant pour inquiéter le prince même le plus résolu. Le moment où les Chambres devaient s'assembler approchait; conunent allait-on en agir avec les Communes? Montague, furieux, moililié, et inlimidé par les attaques de la dernière session, était tout à fait décidé

Page 1