‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 114 sur 147 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

à ne pas roparaitre dans le poste de premier ministre des finances. La retraite sûre et somptueuse qu'il s'était préparée depuis quelques mois l'attendait. Il conserva V Audit oi'sJni) et quitta ses autres places.

Smith devint Chancelier de l'Échiquier. Il fallut former une nouvelle commission du Trésor; le premier nom fut celui de Tankerville. Jeune, allié à la noblesse, noble lui-même, doué d'un esprit distingué, agréable de manières, il avait, vingt ans auparavant, commencé sa carrière sous les meilleurs auspices. Il n'y avait pas, dans les théâtres ni aux courses, d'homme plus à la mode et plus brillant que lui, ni un tribun plus populaire à Guildhall. Tel avait été le début d'une vie si misérable, que la pitié l'emporte sur l'indignation suscitée par tant de fautes graves.

Une passion coupable, une passion allant jusqu'à la démence, imprimait sur le caractère de ce malheureux une tache qui faisait froncer le sourcil aux hommes les plus dépravés. Il essaya de faire oublier les erreurs de sa vie privée par des services brillants et périlleux rendus à la cause publique ; et, ayant enduré pour cette cause la pauvreté, l'exil, le silence et les ténèbres d'une prison, la perspective de l'échafaud, la perte d'une position élevée, il eut encore le malheur d'êh^e considéré comme un lâche, sinon comme un traître, par le parti pour lequel il avait tout sacrifié. Cependant cet esprit énergique et ambitieux ne faiblit pas au milieu de toutes ces disgrâces et de tous ces désastres. Son talent et son éloquence le firent remarquer à la Chambre des lords. Malgré une constitution épuisée, qui semblait réclamer plutôt la flanelle et les coussins d'un bon fauteuil qu'un

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emploi laborieux à Whitehall, on le plaça à la tète (l'un des déparlements les plus importants de l'administra t ion.

On aurait pu croire que cette nomination exciterait au loin les clameurs des divers partis ; que les Tories seraient offensés par l'élévation d'un^ rebelle ; que les Whigs feraient entendre un cri de réprobation contre le capitaine à la trahison ou à la pusillanimité duquel ils avaient l'habitude d'imputer la déroute de Sedgemoor; enfin que ce public plus nombreux d'Anglais qu'on ne peut positivement qualifier ni de AVhigs ni de Tories, mais qui tient surtout aux convenances et aux vertus domestiques, verrait avec indignation accorder un témoignage éclatant de la faveur royale à celui qui avait été accusé de la séduction d'une noble demoiselle, la sœur de sa propre femme. M;iis le sentiment public est si capricieux, qu'il serait difficile, sinon impossible, de trouver dans aucune des lettres, essaia ou dialogues qui portent la date de 1G09 ou de 1700, une seule allusion aux vices et aux malheurs du nouveau Premier Lord de la Trésorerie. Sa faible santé et son isolement lui servirent probablement de protection. Les chefs de l'opposition ne le craignaient pas assez pour le haïr. La junte vvhig était encore leur terreur et leur aversion. Us continuèrent à harceler Montagne et Orford, mais avec moins de férocité que quand Montague avait la direction des finances et Orford celle de la marine. Les chefs mécontents concentraient leur haine la plus violente sur un seul ennemi, sur le grand magistrat qui occupait encore le plus haut poste civil du royaume et qui était évidcniinenl décidé à le conserver malgré

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