CHAPITRE III
odieux métier : il brûlait les maisons, massacrait les paysans, et faisait garrotter ses prisonniers, qn'on batlait avec la lame du coutelas afin de les forcer à découvrir leurs richesses. « Tu n'es qu'un chien, )r disait-il un jour à un homme de son équipage. « Oui, répondit l'autre dans un accès de remords, je suis un chien, mais c'est toi qui m'as fait ce que je suis. » Kidd furieux l' étendit mort à ses pieds.
Les nouvelles, alors, n'arrivaient que bien lentement des mers orientales en Angleterre; cependant, en août 1C98, on apprit à Londres que la Galère d'Aventure, sur laquelle on avait fondé tant d'espérances, était devenue la terreur des marchands de Surate et des naturels de la côte de Malabar. On supposa que Kidd apporterait son butin dans quelque colonie; des ordres furent donc envoyés de \Yhilehall aux gouverneurs des possessions d'outre-mer de la couronne, leur enjoignant d'avoir l'œil sur lui. Pendant ce temps-là, il avait brûlé son navire et renvoyé ses hommes, qui, la plupart, trouvèrent facilement asile dans les sloops des autres pirates. Kidd retourna ensuite à New-York, se flattant de l'idée de faire facilement sa paix et de vivre dans la splendeur. Il avait composé un long roman auquel Bellamont commença par ajouter foi, ne voulant pas convenir qu'il avait été dupé et qu'il avait servi à duper les autres; mais la vérité se découvrit bientôt : le gouverneur fit son devoir avec fermeté, et Kidd fut mis en prison jusqu'à ce que l'Amirauté eût transmis des ordres pour l'envoyer en Angleterre.
Il était impossible à tout homme juste et sensé de
blâmer sérieusement ceux qui avaient équipé et armé à leurs frais la Galère d'Aventure; le pire reproche qu'on pouvait faire à Bellamont même, qui avait entraîné les autres, était trop de zèle pour le bien public, et la générosité tVune natiH'e aussi peu capable de soupçonner une bassesse que de l'inventer. En Angleterre, on devait sans doute pardonner à ses amis d'avoir eu confiance en sa recommandation : l'amour du bien public était probablement le motif qui avait engagé plusieurs d'entre eux à l'aider dans ses projets; d'ailleurs, en supposant qu'ils se fussent laissés prendre à l'appât du gain, ce gain était légitime: leur conduite ne pouvait les faire soupçonner de corruption; ils n'avaient pas reçu d'argent: au contraire, ils en avaient donné, et ils ne pouvaient être remboursés que quand l'expédition aurait été couronnée de succès. En risquant de fortes sommes dans cette affaire, ils avaient bien prouvé qu'ils n'avaient que de bonnes intentions, et s'ils s'étaient trompés dans leurs plans, la perte de leur argent suffisait sans doute à les punir de leur erreur. Tout le monde aurait été de cette opinion, si Somers n'avait été un des souscripteurs. Les chefs de l'opposition se souciaient peu des autres protecteurs de Kidd : Bellamont était loin de la scène politique; niRommey ne pouvait, ni Shrewsbury ne voulait jouer un premier rôle. Orford avait abandonné ses places, mais Somers conservait encore le Grand Sceau, présidait la Clnnubre des lords, et avait de l'inlluence dans le Cabinet; il était resté le seul et le véiitnble chef du parti qui avait la majorité dans le dernier Parlement, et qui, dans le Parlement actuel, quoique désorganisé, découragé, était encore