‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 118 sur 147 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nombreux et respectable. Le courage tranciuille de Somers grandissait à l'approche des dangers cjui le menaçaient; il ne s'était ménagé aucun refuge, il n'essaya pas de fuir, et sans laisser échapper des paroles de forfanterie, il fit comprendre à ses ennemis, par la douce fermeté de sa conduite, qu'il les défiait, quoi qu'ils fissent.

L'empressement qu'ils mirent à le renverser et à le perdre leur (it outre-passer le but. S'ils s'étaient contentés de l'accuser d'avoir été coupable d'une imprudence, regrettable sans doute, en prêtant son concours à un projet mal concerté, cette majorité du public, qui ne juge des intentions que d'après les événements, aurait sans doute cru que l'accusation était bien fondée, mais ce n'était pas assez pour satisfaire leur haine. Ils affectèrent de croire que Somers avait toujours connu et le caractère et les projets de Kidd : le Grand Sceau avait donc encouragé une expédition de pirates; le Chef de la justice avait risqué mille livres sterling^ avec l'espoir d'en recevoir dix mille quand ses complices reviendraient chargés des dépouilles des marchands. Il fut heureux pour le Lord-Chanceher que l'atrocité même de ces calomnies les fit tomber d'ellesmêmes.

Le moment approchait où allait éclater toute la mauvaise humeur accumulée pendant six mois; les Chambres se réunirent le 16 novembre; le discours du roi, écrit dans un style gracieux et aimable, rappelait tout ce que le souverain était décidé à faire pour mériter l'amour de ses sujets, en accordant une protection constante à la liberté et à la religion, en assurant à tous

justice pleine et entière, en encourageant la vertu, en effrayant le vice, et enfin en ne reculant devant aucune difficulté, quand il s'agirait du liien de la nation. « Voici, continua-t-il, mes résolutions; je suis certain que vous avez, de votre côté, des dispositions semblables aux miennes. Le bien général est notre seul but; ayons les uns dans les autres pleine confiance, et, avec la grâce de Dieu, nous serons, moi, un monarque beureux, vous, une nation grande et florissante. »

On aurait pu penser que jamais le gouvernement anglais n'avait fait entendre des paroles plus conciliantes. Cependant la malveillance d'une faction trouva dans ce discours le motif d'une querelle. La pbrase courtoise : « Ayons pleine confiance les uns dans les autres, » pouvait signifier que cette confiance n'existait pas, que le roi n'avait pas confiance dans le Parlement ou que le Parlement avait témoigné au roi une défiance inexcusable. Cette exbortation équivalait donc à un reproche, et faire un pareil reproche, c'était bien mal reconnaître l'or et le sang que l'Angleterre avait prodigués pour faire de Guillaume un grand souverain. Un court débat s'ensuivit : Seymour y prit part. Il fut fidèle à son caractère et à son habituelle insensibilité lorsqu'il harangua les Communes, comme autrefois il avait harangué la cour du Banc du roi sur la mort de son fils et sur la nécessité de mettre des bornes à l'insolence des mihtaircs. On se plaignait hautement, on disait que les événements de la dernière session avaient été mal intirprétés au public, que les émissaires de la cour déclamaient contre les jalousies absurdes, ou contre la parcimonie plus absurde encore qui avait rc-

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