‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 124 sur 147 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

s'abstenir j)liis longtemps d'exercer son incontestable prérogative. Mais, si l'on ne pouvait nier qu'il n'eût tenu littéralement sa parole, l'opinion générale était qu'il devait remplir plus que littéralement une promesse de cette nature. Si son Parlement, accablé d'affaires qui ne pouvaient être ajournées sans danger pour sou trône et pour sa personne, avait dû remettre d'année en année l'examen d'une question aussi vaste et aussi complexe que celle des confiscations irlandaises, il 4ui convenait mal de profiter d'une telle négligence avec l'empressement d'un rusé procureur. Un grand nombre de personnes, donc, qui étaient sincèrement attachées à son gouvernement, et qui en principe désapprouvaient les reprises, regardaient le cas des confiscations irlandaises comme une exception à la règle générale.

A la fin de la dernière session, les Communes avaient joint au bill de la taxe foncière une clause autorisant sept connnissaires, qui étaient désignés nominativement, à présenter un rapport sur les confiscations irlandaises ; les Lords et le roi, dans la crainte de voir rejeter le bill de la taxe foncière, avaient admis cette clause avec répugnance. Pendant les vacances parlementaires, les commissaires avaient visité l'Irlande, et depuis, ils étaient revenus en Angleterre. Leur rapport ne tarda pas à être soumis aux deux Chambres. Les Tories et leurs alliés les Républicains l'accueillirent avec joie; il avait été en effet rédigé expressément en vue de les flatter et de les passionner. Trois des commissaires avaient fait une vive opposition à certains passages qui leur semblaient inconvenants et même calomnieux ,

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mais les quatre anlres avaient écarté toutes les objections de leurs collègues. Le premier des quatre était Trenchard. C'était un pamphlétaire de profession, et il ne semble pas s'être douté que l'àpreté de style et de caractère qui se tolère dans un pamphlet est inexcusable dans un document officiel. Certain d'être protégé et récompensé par le parti auquel il devait sa nomination, il fut enchanté de pouvoir publier avec une sécurité parfaite et avec un semblant d'autorité oflicielle d'amères attaques contre le roi et le ministère, les favoris hollandais, les réfugiés français et les Papistes irlandais. La conséquence fut que quatre commissaires sur sept seulement signèrent le rapport; les trois autres présentèrent un mémoire séparé. Quant aux faits principaux, toutefois, il y avait peu ou point de contestations. 11 était coniîtant que plus d'un million d'acres irlandais ou environ dix-sept cent mille acres anglais, c'est-à-dire une superficie égale à celle des comtés de Middlcsex, d'ilertford, de Bedford, de Cambridge et d'IIuntingdon réunis, avaient été confisqués pendant les derniers troubles; mais la valeur de cet immense territoire donnait lieu à des estimations très-différentes. Les commissaires déclarèrent qu'ils ne pouvaient obtenir à cet égard d'informations certaines, et, en l'absence de ces informations, ils établirent par conjecture (pie la rente aniuielle était d'environ deux cent mille livres, et que le fief simple valait l'achat de la rente de treize années, c'est-à-dire environ deux millions six cent mille livres. Ils ne semblent pas s'être doutés qu'une grande partie de ce territoire avait été louée pour un prix trèsbas à bail perpétuel et (pTunc mande partie était grevée

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