CHAPITRE III
faites on termes généraux. Aucun nom n'était menlionné, aucun fait spccifié, aucune preuve fournie.
Si le rapport s'élail arrêté là, on aurait pu avec raison reprocher à ses auteurs la mauvaise foi et la malveillance qu'ils avaient mises dans l'accomplissement de leurs fonctions, mais on n'aurait pas pu les accuser d'usurper des fonctions qui ne leur appartenaient pas, dans le but d'insulier le souverain et d'exaspérer la nation. Or, ces hommes savaient bien de quelle manière et dans quel but ils pouvaient se hasarder en toute sécurité à dépasser les limites de leur mandat. L'acte du Parlement d'où ils tiraient leurs pouvoirs les autorisait à faire un rapport surles domaines contîsqués pendant les derniers troubles, mais il ne contenait pas un mot que l'on pût interpréter comme une autorisation de faire un rapport sur l'ancien domaine héréditaire de la couronne. Ils avaient aussi peu h s'occuper de ce domaine que du droit de seigneuriage perçu sur les mines d'étain dans le duché de Cornouailles ou du patronage ecclésiastique du duché de Lancastre. Mais ils avaient découvert qu'une partie de ce domaine avait été aliénée par un don qu'ils ne pouvaient se refuser le plaisir de faire connaître au monde. C'était, il est vrai, un don malheureux, un don qu'on ne pouvait mettre au jour sans faire au roi un tort considérable et sans causer un grand scandale. Il y avait longtenq^s que Guillaume avait cessé d'être l'amant d'Elisabeth Villiers ; il y avait longtemps qu'il lui avait demandé des conseils ou qu'il s'était laissé fasciner par sa conversation en tôte-à-tète. Elisabeth Villiers avait, depuis quelques années, épousé George Hamilton, officier qui s'était distingué par son
courage en Irlande et en Flandre, mais qui probablement professait cette doctrine de cour, qu'une femme n'est point déshonorée pour avoir été la maîtresse d'un roi. Guillaume fut enchanté de ce mariage, donna à la femme un domaine détaché des biens de la couronne en Irlande et créa le mari pair d'Ecosse, sous le titre de comte d'Orkney. Assurément Guillaume n'eût point rehaussé son caractère en abandonnant à l'indigence une femme qu'il avait aimée, bien que d'un amour coupable. 11 était incontestablement tenu , comme homme de cœur et homme d'honneur, à assurer son sort d'une manière libérale ; mais il aurait dû le faire en économisant sur sa liste civile plutôt qu'en aliénant son revenu héréditaire. Cette découverte combla les quatre commissaires mécontents d'une joie haineuse. Ce fut en vain que les trois autres représentèrent que le don fait ii lady Orkney était un de ceux dont ils n'avaient pas à se préoccuper, et que s'ils sortaient de leur voie pour l'exposer au blâme du public, on pourrait justement les accuser d'affronter le roi. « Affronter le roi! s'écria l'un des membres de la majorité. Noire affaire est d'affronter le roi. Nous avons été envoyés ici pour affronter le roi. » Dans ce but patriotique, on ajouta au rapport un paragraphe relatif au don de lady Orlsncy, et encore ce paragraphe exagérait si monstrueusement la valeur de ce don, que Guillaume parut avoir surpassé les prodigalités et un autre vice de son oncle Charles. La propriété donnée à la Comtesse était évaluée à vingt-cjuatre mille livres sterling par an. Ce qui semble vrai, c'est que le revenu qu'elle (levait à la nuniilicence royale, après avoir fait la part