CHAPITRE I
l'opposition, un subside distinct de trois mille marins.
Un « acte de mutinerie » f|ui avait été voté en 1697 expirait au printemps de 1698. Jusqu'alors on n'avait jamais voté un acte pareil qu'en temps de guerre. Tel était le caractère du Parlement et de la nation, que les ministres n'osaient pas demander en temps de paix le renouvellement de pouvoirs inconnns dans la constitution. Provisoirement donc le soldat se trouvait, comme avant la révolution, soumis exactement aux mêmes lois qui régissaient le citoyen.
Ce ne fut que pour ce qui concernait l'armée que le gouvernement rencontra une opposition insurmontable dans la Chambre des communes. Il fut libéralement pourvu aux besoins de la marine : on fixa à dix mille hommes le contingent des matelots, force considérable en temps de paix, d'après les idées de ce siècle. Les fonds attribués quelques années auparavant à la liste civile avaient été insuffisants, et l'on fut d'accord pour un nouvel arrangement qui accorderait au roi un revenu certain et plus digne de lui. Un vote unanime en fixa le montant à sept cent mille livres sterling, les Communes déclarant que par cette libéralité elles exprimaient leur reconnaissance des grandes cboses qu'il avait faites pour le pays. Il est probable cependant qu'une si forte somme n'aurait pas été votée sans de longs débats, s'd n'eût pas été enlendu que Guillaume se proposait de prendre à sa charge la maison du duc deGlocester, et que très-proltablement il aurait à payer cinquante mille livres sterling par an à Marie de Modèuo. Les Tories ne voidaient pas désobliger la princesse de Danemark, et les Jacobites se gardèrent de faire la
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moindre opposilioii à un subside dont ils espéraient (jue la famille bannie aurait sa part.
Ce ne fut pas seulement par des libéralités pécuniaires que le Parlement témoigna son attachement au souverain. Ou vol:i lapidement un bill qui privait du bénéfice de la loi iVhabeas corpus, pendant douze mois encore, Bernardi et autres conspirateurs compromis dans le complot d'assassinat, mais dont la culpabilité, démontrée à tout homme en possession de son bon sens, n'avait pu être prouvée, faute de deux témoins. En môme temps on pourvut à la sécurité du gouvernement, menacé d'un nouveau danger. La paix avait mis fin à la crainte que le troue de Guillaume ne fût renversé i)ar une ermée étrangère, mais elle facilitait aussi les trahisons intérieures. 11 n'était plus nécessaire qu'un agent de Saint-Germain traversât la mer dans un bateau pécheur, au risque d'être intercepté par un croiseur; il n'était jdus nécessaire qu'il débarquât sur une plage déserte, se logeât sous une hutte couverte en chaume, et se déguisât en charretier ou cheminât jusqu'à Londres pédestrement. Il arrivait tout droit par le paquebot de Calais, se rendait à la meilleure auberge de Douvre et commandait des chevaux de poste pour la capitale. Désormais les jeunes gens de famille faisaient le voyage de Paris. Là, ils désiraient naturellement voir celui (pii avait été leur roi, et cette curiosité, bien in!ioceute en elle-même, pouvait avoir de funestes conséquences. D'artificieux tenlatems guettaient ces pauvres vovageuis, (jui de leur coté étaient flattés de se voir courtoisement accostés sur la terre étrangère par des .Vnglais d un nom honorable, distingués de
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(oiirmiic et de manières insiiiuaiilos. Comment s'élonnci" (ju un pauvre ctudianf, récemmeiil sorti de l'uuiveisilé, ne lui pas capal)le de rét'ulcr (ous les sopliisn.es et toiiles les calomnies que d'adroits et d'habiles séducleuis lui soufflaient à l'oreille?
Était-ce chose étrange qu'avant peu de temps il acceptât l'invitation à une audience privée de Saint-Germain, qu'il y fût charmé des grâces de Marie de Modènc, qu'il v fût intéressé par l'innocence du petit prince de Galles, qu'il y baisât la main de Jacques H et revînt en Angleterre un ai dent Jacobite? On passa donc nii acte législatif interdisant aux sujets anglais d'avoir aucune comnuinication orale, épistolaire ou par message, avec la famille exilée. Par cet acte, tout sujet anglais qui, pendant la dernière guerre, était allé en France sans la permission royale ou qui avait porté les armes contre son pays, était teiui, après un délai déterminé, d'obtenir ime autorisation spéciale pour continuer à résider dans ce royaume. Enfreindre cette règle, c'était s'exposer aux peines de la haute ti'ahison.
L'effroi fut giand d'abord parmi les mécontents, car* bien des Jacobitcs et des milliers d'Anglais et d'Irlandais, qui avaient servi sous les drapeaux de Louis XIV ou fréquenté la cour de Saint-Germain, étaient depuis la paix revenus en Angleterre : ils étaient donc sous le coup du nouvel acte; mais la sévérité en fut tempérée par une administration indulgente. Il y eut bien quelques opiniâtres et furieux Non-Jureurs, qui auraient cru se dégrader en profitant de la tolérance, et quelques ennemis marquants de la dynastie nouvelle, qui l'a*
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valent réclamée en vain. Ceux-là se virent dans la nécessité de se rélugier sur le continent; mais la grande majorité s'engagea à vivre paisiblement sous le gouvernement du roi Guillaume et obtint l'autorisation de rester sur le sol natal.
Dans l'histoire d'un de ces Jacobites exaltés, quelques circonstances excitèrent l'intérêt général, et un romancier ou un auteur dramatique pourrait y trouver un excellent sujet de roman ou de drame. Quatorze ans à peu près avant l'époque où nous sommes arrivés, Sunderland, alors secrétaire d'Etat du roi Charles H, avait marié sa fille, lady Elisabeth Spencer, à Donougli Macarthy, comte de Clancarty, seigneur d'un immense domaine dans la province de Munster. Le fiancé et la liancée étaient deux enfants : le fiancé n'ayant que quinze ans et la fiancée n'en ayant que onze. On les sépara après la cérémonie, et il se passa des années remplies de vicissitudes avant qu'ils se revissent. Le jeune comte alla visiter ses domaines en Irlande. Il avait été élevé dans la religion anghcane, mais ni par les principes, ni par la pratique, ce n'était un anglican bien dé\ot. Il se trouva au milieu d'une famille de catholiques zélés ; un roi catholique était monté sur le trùne; se faire catholique était la meilleure recommandation à la laveur nupiès du monnnpie à Whitehall cl aupiès du vice-roi au château do Dublin. Clancarty ne tarda pas à changer de religion, et d'un prolestant relâché d(>vini un jiapiste relâché. Après la révolution, il suivit la fortune de Jacques, siégea dans le Parlement celticpie d'iilaude et conuuanda un régiment de l'armée celtique. Forcé de se rendre à Mari-
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borough, il tut envoyé de Cork à Londres et iiicaieùé dans la Tour. Les domaines de Clancarty, qui représentaient un revenu d'environ dix mille livres sterling, furent confisqués. Sur ces domaines étaient hypothéquées une annuité au profit du frère du comte et une autre au profit de sa femme. Sauf ce prélèvement, le reste fut presque entièrement donné par le roi à lord AVoodstock, fils aîné de son ami Porlland. Pendant quelque temps, le prisonnier courut des dangers pour sa vie, car la voix populaire l'accusait d'excès dont la licence de la guerre civile ne suffisait pas à le justifier. On dit que la veuve d'un ecclésiastique protestant mis à mort pendant les troubles menaçait de le traduire en justice comme meurtrier. Au bout de quelques années de captivité, Clancarty s'échappa en France, fut gracieusement reçu à Saint-Germain, et Jacques lui confia le commandement d'un corps de réfugiés irlandais. Quand le traité de Ryswick mit un terme à l'espérance de restaurer la dynastie déchue par les armes étrangères, Clancarty songea à faire sa paix avec le gouvernement de Guillaume; mais il fut cruellement déçu. Le crédit de la famille de sa femme était incontestablement plus que suffisant pour lui obtenir le bénéfice de l'amnistie ; mais il ne pouvait compter sur ce crédit : l'égoïste et avare beau-père ne se souciait nullement d'avoir à nourrir un noble mendiant et les enfants d'un noble mendiant. La passion dominante du beau-père était l'esprit de parti le plus haineux et le plus irréconciliable. C'était un supplice pour lui de penser qu'il était allié de si près à un ennemi de la Révolution et du bill des Droits, et il aurait vu avec
plaisir ce lien odieux tranché même par la main du bourreau. 11 étaitcependant une persoinie auprès dela- (|uelie le jeune seigneur, ruiné, expatrié et proscrit, j)ouvait espérer un accueil cordial. 11 traversa la Manche déguisé, se présenta à la porte de Sunderland et demanda à voir iadv Clancartv. Il était, dit-il, chargé pour elle d'un message de sa mère, alors malade à Windsor. Sous ce prétexte il fut admis, se fit reconnaître de sa femme, qui, probablement, n'avait jamais cessé de penser à lui, et il obtint d'elle les plus tendres preuves d'une affection sanclionnée par les lois de Dieu et des hommes. Le secret fut bientôt découvert et trahi par une servante de la jeune comtesse.
Spencer apprit le même soir que sa sœur avait introduit son mari dans sa chambre. Le fanatique jeune whig, brillant dune haine qu'il prenait pour une vertu, jaloux de la gloire du Corinthien qui assassina son frère et de celle du Romain qui prononça une sentence de mort contre son lils, courut au bureau de Vernon, 1 informa que le rebelle irlandais évadé de la Tour était caché non loin de là, et obtint un mandat d'arrêt avec un détachement de soldats. On surprit Clancartv dajis les bras de sa fennne, et on le tiaîna à la prison d'où il s'était échappé. vSa femme voulut le suivre et implora la grâce de partager sa prison. Cet événement fit sensation dans la société de Londres. Sunderland déclarait partout qu'il approuvait sincèrement la conduite de son fils, mais le public ne croyait guère à la véracité de Sunderland cl il faisait peu d'attention à ses déclarations, quelles qu'cllo lussent. Lu général les hommes honorables des deux partis, n'importe leur opinion sur