CHAPITRE I
Clancarty, éprouvèrent une grande compassion pour sa mère qui se mourait de douleur, et sa pauvre jeune femme qui suppliait qu'on daignât lui faire franchir la Porte du Traître. Devonshire et Bedford se joignirent à Ormond pour solliciter la clémence royale. On fit intervenir Une intercession plus puissante encore. Ladv Russell élait estimée par le roi comme luie amie précieuse : elle était généralement vénérée par la nation comme une sainte, la veuve d'un martyr. Lorsqu'elle daignait solliciter une faveur, il n'étail guère possible qu'elle la sollicitât en vain. Elle s'intéressa naturellement à cet infortuné couple séparé par les murailles de celte sombre et vieille forteresse où elle avait échangé les dernières caresses d'un funèbre adieu avec celui dont l'image était toujours vivante dans son souvenir. Elle conduisit elle-même lady Clancarty au palais, pénétra jusqu'à Guillaume et lui remit une pétition. Le roi pardonna à Clancarty, à condition qu'il quitterait le royaume pour n'y plus retourner. On lui accorda une pension, faible en comparaison de l'héritage magnifique qu'il avait abandonné, mais toutefois suffisante pour le faire vivre honorablement sur le continent. Il se retira à Altona, accompagné de son Elisabeth.
Pendant ce temps-là, la Chambre examinait les voies et moyens pour l'avenir ; elle put alléger le poids des impôts, La taxe territoriale fut réduite de quatre à trois shillings par livre sterling ; mais neuf campagnes coûteuses avaient laissé un lourd arriéré, et il était évident que les charges publitjues, même en temps de paix, équivaudraient à celles qu'avant la révolution il
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eût fallu voler pour faire une guerre vigoureuse. Un gontleman de la province n'était pas de très-bonne Iiumour quand il comparait' les sommes exigées de lui à colles qu'il payait sous les deux derniers rois. Son métonl on tenicnt augmentait lorsqu'il comparait sa situation à celle des coiutisans hollandais, eni'ichis par les dons de la couronne. .Aussi l'intérêt et l'envie le prédisposaient à prêter l'oreille aux politiques qui l'assuraient que si l'on annulait ces dons il pourrait être dégrevé d'un shilling de plus.
Les arguments contre une pareille reprise ne pouvaient être favorablement écoutés par une assemblée de contribuables ; mais ils semblèrent sans réplique aux hommes d'Etat et aux législateurs.
Il n'est pas douteux que l'ancienne politique du royaume attribuait au souverain le droit de donner ou d'affermer les domaines de la couronne comme cela lui semblait bon. Aucune loi ne déllnissait la durée et le terme de la cession ni le montant de la rente à réserver. Le monarque pouvait abandonner le lief simple d'une forêt d'une centaine *de milles carrés d'étendue, en considération de la redevance d'une paire de faucons remis tous les ans à son fauconnier, ou d'une serviette de toile fine déposée sur la table royale au ban- (pu't du couronnement. Par le fait, depuis la conquête, il n'y avait guère eu de règne sous lequel de grands domaines n'eussent été accordés par nos princes à des sujets favorisés. Anciennement, il est vrai, ce qui avait été donné par la prodigalité était non rarement repris par la violence. Plusieuis lois pour la reprise des terres de la couroniK^ avaient été volées par les Parlements