CHAPITRE m. S'il
plus yraiidc récompense encore, et l'on ne pouvait sans une injustice et une ingratitude grossières reprendre cette partie. Un domaine d'une valeur très-modeste avait été accordé, avec le titre de comte d'Athlone, à Ginkell,donl l'habileté et la valeur avaient mis fin par la victoire à la guerre d'Irlande. Un autre domaine avait été accordé, avec le titre de comte de Galway, à Ruvigny, qui, dans la crise de la bataille décisive,. au moment où Saint-Ruth agitait son chapeau et s'écriait que les Anglais seraient repoussés jusqu'à Dublin, s'était, à tête d'un détachement de btaves cavaliers, frayé, non sans peine, un chemin à travers les marais, avait tourné l'aile gauche de l'armée celtique et reconquis la victoire. Mais le parti dominant, ivre d'insolence et de haine, ne lit aucune distinction entre les courtisans qu'une prédilection peu judicieuse avait enrichis et les guerriers dont les mémorables exploits accomplis pour la défense des libertés et de la religion natiouides avaient-été récompensés d'une manière parcimonieuse. Alhlone était Hollandais, Galway était Français, et il ne convenait pas à un bon Anglais de dire un mot en faveur de l'un ou de l'autre.
Ce ne fut pas là, cependant, la plus flagrante injustice dont les Communes se rendirent coupables. D'après les principes les plus simples du droit commun et du bon sens, nul ne peut perdre que les droits qu'il a. Toutes les donations que Guillaume avait faites, il les avait faites sous cette réserve; mais celte réserve, les Communes étaient trop animées par la passion et trop rapaces pour la respecter : elles décidèrent de confier aux administrateurs des terres confisquées un domaine plus
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considérable que celui (jui avait jamais apparlenu aux propriétaires frappés par la confiscation. Ainsi, des personnes innocentes étaient violemment privées des biens qui leur appartenaient par transmission ou par achat, des biens qui avaient été rigoureusement respectés par le roi et par les concessionnaires. Aucune exemption ne fut accordée, même à ceux qui avaient combattu dans les rangs des Anglais, même à ceux qui avaient garni les murailles de Londonderry, et qui s'étaient précipités sur les canons irlandais à Newton- Butler.
Les Communes monlrèrent de l'indulgence dans quelques cas; mais cette indulgence ne fut pas moins injuste, ni d'un exeinfile moins pernicieux que leur sévérité. L'ancienne règle, règle qui est encore strictement observée et dont on ne peut se relâcher sans s'exposer à se rendre coupable d'une prodigalité sans bornes et d'im bonleux tripotage, veut que quelque chose que le Parlement accorde, il l'accorde au souverain, et qu'aucune concession faite aux dépens de la fortune publique ne soit accordée à un particulier, excepté par le souverain.
La Chambre basse, au mépris des principes et des précédents, prit sur elle de constituer des domaines avec les biens confisipu's ])our les personnes qu'elle voulait favoriser. Le duc d'Ormond, du jtarti des Tories, cl (jui se distinguait par son aversion pour les étrangers, fui surtout l'objet d'une partialité marquée. Ouelques-uns de ses amis espéièrent même ipiils pourraient insérer dans le bill une clause qui lui accorderait tous les domaines conlistiuês dans le comté d(-. Tipperary,
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mais ils virent bienlnt qu'il serait plus prudent à eux (le se contenter de lui l'aire un présent moins considérable au total, tout aussi blâmable en principe. Leduc d'Ormond avait dû d'immenses sommes à des person nés dont tous les biens étaient rentrés dans le domaine de la couronne. Ces sommes, c'était à la couronne qu"i| les devait; la Chambre des communes résolut de lui en faire présent. Cette même chambre n'avait pas voulu consentir à laisser un seul acre de terrain au général qui avait pris d'assaut Athlone, qui avait gagné la bataille d'Aghrim, qui était entré en triomphe à Galway, et qui avait reçu la soumission de Limerick.
Il n'était guère à présumer qu'un bill aussi violent, aussi injuste et aussi inconstitutionnel passerait à la Chambre des Lords, sans subir des modifications considérables. Les chefs démagogues résolurent donc de le joindre au bill qui accordait à la couronne un impôt foncier de deuv shillings par livre sterling, pour le service de l'année suivante, et de mettre la Chambre- Haute dans la nécessité de sanctionner les deux bills c^ la fois, sans y changer un seul mot, ou de les rejeter tous deux, laissant ainsi le créancier public non payé, et la nation sans moyens de défense.
L'indignation fut grande parmi les Pairs. Ils n'étaient, il est vrai, pas plus portes que les Communes à approuver la manière dont on avait disposé des biens confisqués en Irlande, car l'antipathie pour les étrangers, si forte qu'elle fût dans toute la nation, l'était encore davantage dans la classe aristocratique. Les anciens barons étaient irrités de se voir précédés par de nouveaux comtes venus de Hollande et de Gueldre.
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fi'ordre de la Jarretièro, los baguettes l)Ianches et les clefs d'or des chambellans, les fonctions de grand veneur, qui avaient toujours été considérées comme le privilège exclusif de la noblesse héréditaire du royaume, étaient maintenant usurpées par des étrangers. Chaque noble anglais comprenait que sa chance d'obtenir une part aux faveurs de la couronne était considérablement diminuée par la concurrence des Benlinck et des Keppel, des Auverquerque et des Zulertein; mais quoique les richesses et les dignités prodiguées à la petite coterie hollandaise excitassent son déplaisir, les procédés récents des Communes ne pouvaient que la blesser plus encore. L'autorité, l'honorabilité, l'existence de l'ordre nobiliaire étaient menacées. « Non-seulement — telles étaient les justes plaintes des Pairs, — non-seulement on cherche à nous priver du pouvoir législatif auquel nous avons droit, d'après la constitution du royaume, mais on ne nous permettra même plus d'opposer notre simple veto. Nous n'oserons plus faire une remontrance, proposer un amendement, oLfrir une raison, demander une explication. Quand la Chambre des communes a passé un bill contre lequel nous avons de graves objections, ce bill est joint à un bill de subsides. Si nous le modifions, on nous dit que nous attaquons les privilèges les plus sacrés des représentants du peuple, et que nous devons, ou sanctionner Ui tout, ou rejeter le tout. Si nous rejetons le tout, le crédit public est ébranle ; la Bourse est en confusion, la Banque arrête ses pavements, l'armée est licenciée, la Hotte se révolte, et lile reste sans un seul régiment, sans une seule frégate, à la nuîrci de l'onnemi. Le danger de rejeter un bill de