CHAPITRE ITI
bord s'était énergiquement prononcé pour les amendements, quitta Londres pour Newmarket. D'un autre côté, quelques Lords, qui n'avaient encore adopté aucun parti, vinrent donner un vote salutaire. Parmi ces derniers se trouvaient deux personn;iges à qui l'éducation du jeune héritier présomptif avait été confiée, Marlborough et Burnet. Marlborough montra sa prudence habituelle. Il était resté neutre aussi longtemps que, en prenant un parti, il aurait offensé ou la Chambre ou le roi- Il prit un parti aussitôt qu'il vit la possilidilé de les satisfaire tous deux. Burnet, alarnié pour la paix publique, était dans une grande agitation, et, comme cela lui était ordinaire en pareil cas, il oublia la dignité et le décorum, s'écria absurdité! d'une voix très-distincte, pendant qu'un noble Lord débitait une harangue en fa\eur des amendements, et courut grand risque d'être réprimandé à la barre ou li\ré à l'huissier de la Chambre. La motion qui fut mise aux voix avait pour but de savoir si la Ch;imbre adhérerait aux amendements. Il y eut quarante volants pour et trente-sept contre. On fit voter les absents par procuration, et les deux listes de votes se trouvèrent être parfaitement égales. A la Chambre des Lords il n'y a pas de vote prépondérant. Quand les voix se balancent, les opposants l emportent. La motion en faveur de l'adhésion aux amendements fut donc rejetée. Mais ce n'était pas assez. Il était nécessaire qu'une résolution affirmative fût proposée pour pouvoir dire que la Chambre consentait au bill sans amendements, et si les votes étaient encore égaux, cette motion serait perdue aussi. Ce fut un moment de grande anxiété. Heureusement le
342 RECNE DE GIIIMAUME HT.
rourage manqua au Primat. Il avait lutté obstinément jusqu'au dernier moment; mais il sentit probablement quelle responsabilité ce serait pour lui et pour son ordre de précipiter le royaume entier dans la confusion. Il se leva et sortit précipitamment de la Chambre en faisant signe à quelques-uns de ses collègues. Ceuxci le suivirent avec un empressement qui, quelque sérieuse que fût la crise, occasionna une grande hilarité. En conséquence de cette défection, la motion fut adoptée à une majorité de cmq voix. Pendant ce temps, les membres de l'autre Chambre attendaient les nouvelles avec impatience. Ils avaient été alternativement enflés d'orgueil ou abattus par les rapports qui se succédaient avec rapidité. D'abord on espéra que les Pairs céderaient, ce qui causa une satisfaction générale ; puis arriva la nouvelle que la majorité des Lords avait voté pour le maintien des amendements. « Je crois, écrivait Vernon le jour suivant, je crois qu'il n'y avait pas un seul homme dans la Chambre qui ne considérât la nation comme perdue. >> On fit évacuer le vestibule ; on ferma à clef les portes de derrière; les clefs furent déposées sur la table ; le sergent d'armes reçut l'ordre de prendre son poste à la porte d'entrée, et de ne laisser sortir aucun membre. Ces mesures furent suivies d'un intervalle solennel, pendant lequel les passions violentes de l'assemblée parurent être dominées par une véritable terreur. Quelques-uns des chefs de l'opposition, hommes d'un caractère grave et possédant des biens considérables, furent saisis d'effroi en se voyant engagés, — ils savaient à peine comment, — dans un conflit dont ils n'avaient pas prévu l'importance, un