CHAPITRE m
tionale. On y expédia de Londres des malles pleines de brochures et de feuilles volantes : tout franc-tenancier en trouvait plusieurs déposées à sa porte. Dans toutes les places, le jour de marché, on voyait voltiger comme une neige de papiers, où l'on traitait Jack Howe de grand effronté,, de langue de vipère, de lâche, et de bouffon du roi de France. Les paysans des coteaux de Cotswold et de la forêt de Dean, qui avaient droit de suffrase, étaient conviés à la lecture de ces satires, et on leur demandait s'ils étaient résignés d'avance à subir les deux malheurs que le peuple d'Angleterre considérait comme l'accompagnement inséparable du despotisme : des sabots au pieds et des grenouilles pour nourriture. Les prédicateurs dissidents et les drapiers manifestaient plus particulièrement leur zèle ; car Howe était considéré comme l'ennemi et des conventicules et des manufactures. On vit arriver dans le Gloucestershire un nombre extraordinaire de votants. A Londres, les marchands qui fréquentaient la halle de Blackewell, alors le grand marché des lainages, sollicitaient activement les suffrages en faveur du parti whiff.
ICI SE TEnMINE LE MANUSCRIT REVU PAR LORD MACAULAV
^l'Éditeur.]
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(Cependant les rapports sur la santé du roi dévouaient de plus en plus alarmants. Ses médecins, anglais et hollandais, étaient au bout de leurs ressources. Il avait consulté par lettre tous les docteurs les plus éminents de l'Europe ; et comme il craignait qu'ils ne lui rendissent des réponses flatteuses, s'ils savaient qui il était, il avait écrit sous des noms tictifs. En s'adressant à Kngon, il s'était donné pour \m vicaire de paroisse. Fagon étudia les symptômes qu'on lui décrivait, puis il répondit un peu brutalement que ces symptômes ne pouvaient avoir qu'une signification, et que le seul avis qu'il pouvait donner au malade était de se préparer à la mort. Après avoir reçu cette franche réponse, Guillaume consulta Fagon sans déguisement, et en obtint quelques ordonnances qu'on crut avoir retardé un peu l'heure inévitable. Mais les jours du roi étaient comptés. Les maux ■ do tétc et les accès de fièvre revenaient presque chaque jour. 11 montait encore à cheval et allait même à la cliasso', mais il n'avait plus cotte fermeté sur ses arçons,
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ni ce maniempiil de la hrido qu'on vantait autrefois. Néanmoins l'avenir était runi(|ue ol)jet de sa préoccupalion. Le respect et la tendresse filiale d'Albemarle avait été presque un des éléments indispensables de son existence; mais il était important que Heinsius fût pleinement informé de tout plan et des préparatifs de la prochaine campagne. Albemarle, étant dans la confidence des vues duroi, fut envoyé à La Haye. Heinsius souffrait à cette époque d'une indisposition qui n'était, il est vrai, que bien peu de chose, comparée aux maladies qui devaient se terminer fatalement pour Guillaume; mais celui-ci n'avait rien de cet égoïsme qui n'est qu'un vice trop commun chez Jes malades. Le 20 février, il écrivait à Heinsius une lettre dans laquelle il ne faisait pas même allusion à ses douleurs et :i ses infirmités.
« Je suis bien affligé d'apprendre, lui disait-il, que votre santé n'est pas encore rétablie. Qu'il plaise à Dieu de vous accorder un prompt rétablissement. Je suis à tout jamais votre bon ami. Guillaume. »
Ce furent les dernières lignes de cette longue corrcspondance.
^ Le 1 2 Jevrjerjl 702, Guillaume traversait le parc de Hampton-Court sur un cheval favori, nommé Sorrcl, qui allait au pas d'amble; il le mit à un temps lîe galop, juste devant un petit tas de terre soulevé par une taupe. Sorrel broncha contre la taupinière et s'abattit sur les genoux ; le roi fut désarçonné, tomba et se fractura la
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clavicule ^ On lui remit l'os, et il retourna à Kensington dans son carosse. Le cahotement produit par les roules inégales de'cette époque était tel, qu'il fallut rédliire une seconde fois la fracture. Pour un homme jeune et vigoureux, cet accident n'eût été qu'une hagatellc; mais Guillaume n'était pas dans un état qui lui permit de supporter le moindre choc; il sentit qu'il était près de sa fin et s'attrista — de cette tristesse qu'éprouvent seuls les nobles esprits — en pensantqu'il fallait quitter sa tâche à moitié finie. li était du moins possible qu'il pût vivre jusqu'à ce qu'un de ses plans fût mis à exécution. La situation respective de l'Angleterre et de l'Ecosse l'avait depuis longtemps occupé ; il savait que cette situation était précaire, souvent hostile, et qu'on pouvait douter que, dans l'estimation des forces de la Grande-Bretagne, les ressources du plus petit des deux royaumes dussent être comptées au profit de l'autre. Les événements récents avaient prouvé que les deux pays ne pouvaient rester plus d'une année encore dans les mêmes termes que le siècle précédent, et qu'il fallait, ou qu'ils fussent tout à fait amis, ou ennemis mortels. Leur inimitié amènerait des calamités effrayantes, qui retomberaient, non-seulement sur eux, mais sur le monde civilisé ; leur union serait la meilleure garantie pour leur prospérité commune, pour la tranquillité intérieure de
' L'accident de ceUc chute, dont les suites devaient être mortelles, lut Kinglcnips rappelé dans les toasts des Jacobiles, qui ne pardonnèrent jamais à Guillaume le détrônement de Jacques II. Après avoir ftw ail roi de l'autre côté de l'eau, ils buvaient encore au petit geutleman en fourrure noire (la taupe) qui avait fait broncher et tomber le cheval Sorrel. » a. p.