‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 16 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

taires ce qu'ils voulaient. Il est parfaitement vrai que la loi était défectueuse et que la profusion avec laquelle châteaux, abbayes, parcs de chasse, garennes, ruines, rues et villes de marché tout entières avaient été donnés à des courtisans, était grandement à déplorer. Rien n'eût été plus convenable que de passer, en vue de l'avenir, une loi liant par une substitution rigoureuse le peu qui restait encore des domaines de la couronne. Mais, annuler par une loi à laquelle on aurait fait produire un effet rétroactif, des patentes, qui, à Westminster-Hall, étaient considérées comme légales, c'eût été simplement un vol. Un pareil vol eût nécessairement enlevé aux autrespropriétés leur sécurité, et bien courte, oui, bien courte, serait la vue de l'homme d'Etat qui s'imaginerait qu'il peut y avoir une société prospère là où la sécurité n'existe pas pour la propriété.

Mais il ne faut pas espérer que des hommes que la colère enflamme, qui sont dans la gêne, et qui s'imaginent qu'il est en leur pouvoir d'obtenir un soulagement immédiat à la gène dont ils souffrent, aux dépens de ceux qui ont excité leur colère, il ne faut pas espérer, dis-je, que ces hommes raisonneront avec autant de calme que l'historien qui, n'étant influencé ni par l'intérêt ni par la passion, passe en revue -les événements d'un autre âge. Les charges publiques étaient lourdes ; dans quelque mesure qu'on révoquât les dons pris sur le domaine royal, ces charges seraient allégées. Quelques-uns de ces dons faits récemment avaient été évidemment des actes de prodigalité; quelques-uns des donataires encore vivants étaient impopulaires. Un cri s'éleva qui ne tarda pas à devenir formidable. Tous les

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Tories, tous les Whigs mécontents et une multitude de gens, qui sans être des Tories ou des Whigs mécontents, n'aimaient ni les taxes ni les Hollandais, réclamaient la reprise de tous les biens de la couronne, que le roi Guillaume avait, comme on disait, donnés par erreur. Le 7 lévrier 1098, celte question, destinée à irriter par intervalles pendant de longues années l'esprit public, fut soumise à l'examen delà Chambre des communes. L'opposition demanda l'autorisation de présenter un bill aimulant tous dons des biens de la couronne (jui avaient éié faits depuis la Révolution. Les ministres étaient dans un grand embarras ; l'opinion publique était vivement excitée ; une élection générale approchait ; il était dangereux et il eût été probablement nuisible de heurter de front le sentiment dominant. Mais le coup auquel on ne pouvait résister, il était impossible de l'éluder. Le ministère alfecla donc de ne rien trouver à reprendre au bill proposé, si ce n'est qu'il n'allait pas assez loin, et il demanda l'autorisation de présenter deux autres bills : l'un pour annuler les libéralités de Jacques II, l'autre pour annuler celles de Charles II. Les Tories se trouvèrent pris dans leur propre piège; car la plupart des libéralités faites par Charles et Jacques étaient tombées sur des Tories, et leur annulation eût réduit quelques-uns des chefs du parti tory à l'indigence. Cependant il était impossible d'établir une distinction entre les libéralités de Guillaume et celles de ses deux prédécesseurs. Personne ne pouvait prétendre que la loi avait été changée depuis son avènement au trône. Si donc les libéralités des Sluarts étaient légales, les sieimes l'étaient aussi ; — si ses libéralités étaient

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