‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 18 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de tout reproche. On suivit cette voie; soumis à un interrogatoire sévère, DuncomJje perdil la tète; il fit les uns après les autres des aveux compromettants, et il lut à la fin forcé de se déclarer devant la Chambre coupable d'une fraude infâme, que, sauf son propre aveu, il n'eut guère été possible de lui attribuer. Il avait reçu des commissaires de l'Excise l'ordre de verser dix mille livres sterling dans la caisse de l'Echiquier pour le seivice public. 11 avait dans les mains, comme caissier, plus du double de cette somme en bon argent monnayé. Avec une partie de cet argent, il acheta des billets de 1 Echiquier qui subissaient alors un escompte considéral.ile ; il paya ces billets et il mit dans sa poche l'escompte qui s'élevait à environ quatre cents livres. Mais ce n'était pas tout. Pour faire croire que ce papier déprécié, qu'il avait substitué à l'argent, avait été reçu par lui en payement des. taxes, il avait employé un fri- ])on de Juif à fabriquer des endossements de noms, les uns réels, les autres imaginaires. L'aveu de cette scandaleuse histoire arraché au coupable lui-même remplit l'opposition de consternation et de honte en causant aux ministres, ainsi qu'à leurs amis, une joie des plus vives, augmentée encore par le plaisir de la vengeance. La Chambre décida, sans même aller aux voix, que Duncombe serait envoyé à la Tour, qu'il y serait soumis à une étroite captivité, puis qu'il serait expulsé de la Chambre, La question de savoir si on lui infligerait une autre punition était embarrassante. La loi anglaise concernant le faux devint plus tard d'une sévérité [)ousséc jusqu'à la barbarie; mai^, en 1698, elle était relâchée jusqu'à l'absurdité. Le critne du prisonnier

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nétait ccrlainemeiit pas une félonie, et, clans l'opinion des légistes, il eût été diflicile de convaincre Duncombe même d'nn délit. Mais nn précédent tont récent était présent à l'esprit de Ions. L'arme qni avait l'rappéFenwick pouvait atteindre Duncombe. Un billde peines et pénalilés fut présenté et traversa les premières épreuves avec moins d'opposition qu'on ne l'aurait cru. Il y avait peut-être quelques »o//, mais aucun membre n'osa dire qu'il y en avait. La honte et la mortification avaient rendu les Tories furieux, eu voyant que leur tentative irréfléchie pour ruiner un ennemi, n'avait produit d'aulre rcsidtal que la ruine d'un ami. Dans leur rage, il saisirent avec avidité une nouvelle espérance de revanche, espérance destinée à aboutir, comme la première, à la déconvenue et au déshonneur de leur parti. Ils apprirent, par les agents de Sunderland, comme beaucoup de gens le soupçonnèrent, mais certainement par des personnes qui connaissaient bien les bureaux, répandns autour de AVhitehall, que certaines valeurs contisquées en Irlande au profit de la couronne avaient été données par le roi ostensiblement à un noimné Thomas Railton, mais en réalité au Chancelier de l'Échiquier. Ces valeurs s'élevaient à environ dix mille livres. Le 16 février, l'atlenlion de la Chambre des communes fut appelée sans avis préalable par le colonel Granville, membre du parti lorv et proche parent du comte de lialh. Montagne fut pris complètement par surprise ; mais il avoua résolument toute la vérité et défendit ce qu'il avait fait. Les orateurs de l'ojiposition se déchainèrenl contre lui avec violence. « Ce gentleman, dirent-ils, a du môme coup

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« violé trois devoirs dislincls. Il est membre du Conseil « privé, et, comme tel, il doit conseiller la couronne, f( non en vue de ses intérêts personnels et égoïstes , « mais en vue du bien général. Il est le premier mice nistrc des finances, et, comme tel, il doit administrer « avec économie les deniers de la cassette royale. 11 est « membre de celte Chambre, et, comme tel, il doit <( veiller à ce que les charges qui pèsent sur ses com- « mettants ne soient pas rendues plus lourdes par la « rapacité et la prodigalité. Eh bien, tous ces devoirs « il s'y est montré infidèle. Membre du Conseil privé, il « dit à son maître : « Donnez-moi de l'argent! » Pre- « mier Lord de la Trésorerie, il signe un mandat pour « se faire donner de l'argent aux dépens du Trésor. « Membre de la. Chambre, il met dans sa poche ^e l'arec gent qui ne pourra être remplacé qu'au moyen de taxes « imposées à ses commettants. » La surprise fut complète, l'attaque fut formidable; mais la majorité whig, après un moment d'elfroi et d'hésitation, se rallia avec fermeté autour de son chef. Plusieurs orateurs déclarèrent « qu'ils approuvaient hautement la libéralité avec laquelle Sa Majesté avait reconnu les services d'un habile, diligent et lidèle conseiller. C'était une économie bien misérable que d'envier une récompense de quelques mille livres à un ministre qui avait enrichi l'Elat de millions. Plût h Dieu que toutes les largesses des rois précédents, eussent été si judicieusement distribuées ! Comment ces largesses l'avai< nt été, nul ne le savait mieux que quelques-uns de ces austères patriotes, qui déclamaient si hautemeiit contre l'avidité de Montagne. S'il y a, ajoutaient les défenseurs du mi- IV. 5

iiistre, s'il y a en Angleterre une maison qui ait été gorgée (le richesses ininiéritces par la pioiligalité de souverains faibles, c'est la maison deBath. Convient-il à un rejeton de cette maison de hlàmer la judicieuse muniliccnce d'un sage et bon prince? Avant de se plaindre de dix mille livres données pour récompenser un mérite distingué, que IcsGranvilles rendent une partie des centaines de mille livies qu'ils ont mises dans leur poche, eux qu'aucun mérite ne recommande. »

La règle éîait, et cette règle existe encore, qu'un mendie contre leipiel une accusation était dirigée fût entendu dans sa propre défense, et puis qu'il (juitlàt la Chambre. L'opposition insista pour que Montagne se retirât. Ses amis soutinrent (pie ce cas ne tombait pas sous l'application de la règle ; on établit des distinctions, on cita des précédents, et enfin on posa la question de savoir si M. Montague devait se retirer. Quatrevingt-dix-sept voix seulement se prononcèrent pour l'aflirmative et deux cent neuf pour la négative. Ce lésultat décisif étonna les deux partis. Les Tories perdirent cœur et espoir, mais la joie des Whigs, ne connut pas de borne. Us présentèrent immédiatement cette motion que l'honorable Charles Montagne, écuyer, chancelier île l'échlipiier, méritait pour ses bons services envers le gouvernement les faveurs de Sa Majesté. L'o[)posilioii, conq)lélement intimidée, n'osa point demander un nouveau vote. Monlague remercia dédaigneusement ses adversaires du service inestimable qu'ils lui avaient rendn. Sans leur hostilité, il n'aurait jamais eu l honneur et le bonheur d être proclamé par les Conununes d'Angleteire le bienfaiteur de son pays.

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Quant au don qui avait fait l'objet du débat, il était tout nrct à V renoncer, si ses accusateurs voulaient s'engager à suivre son exemple.

Même après cette défaite, les Tories revinrent à la charge. Ils prétendirent que les fraudes qui avaient été commises au sujet des billets de T échiquier avaient été facilitées par la mauvaise administration du bureau de la Trésorerie, et ils proposèrent une résolution qui impliquait une censure contre ce bureau et spécialement contre son chef. Cette résolution fut rejetée par cent soixante-dix voix contre quatre-vingt-huit. On remarqua que Spencer, comme s'il tenait particulièrement à montrer qu'il n'avait pris aucune part aux machinations dont son père était à tort ou à raison soupçonné, parla dans ce débat avec une grande chaleur contre Duncombe et en faveur de Montagne.

Quelques jours plus tard, le bill des peines et pénalités contre Duncombe passa aux Communes, il portait que deux tiers de l'énorme fortune réelle et personnelle de l'accusé seraient confisqués et appliquées au service public. Jusqu'à la troisième lecture, il n'y eut point d'opposition sérieuse. Mais alors les Tories rassemblèrent leurs forces. Ils furent battus par cent trente-huit voix contre cent trois et le bill fut porté à la Chambre des lords par le marquis de Ilarlington, jeune noble que le parti whig respectait comme l'un de ses chefs héréditaires, comme l'ivéritier de Devonshire et comme le gendre de Russell.

Que Duncombe se fût rendu coupal»le d'un ado de honteuse improbité, c'était un fait reconnu par tous les hommes de sens et d'honneur du parti auquel il

appartenait. Il n'avait donc pas à attendre d'indulgence du parti qu'il avait attaqué avec tant de déloyauté et de niéchancetc. Cependant il n'est pas honorable pour les Whigs de s'être laissé emporter par le dégoût que leur inspiraient les fraudes de Duncombe, et par l'irritation qu'ils ressentaient de ces atta<(ues juscju'à le punir d'une manière incompatible avec tous les principes que les gouvernements doivent considérer comme saints et sacrés.

Ceux qui prirent part aux poursuites contre Duncombe essayèrent de justifier leur conduite en citant comme exemple la manière dont on avait procédé contre Fenwick. Combien il est dangereux de violer, sous aucun prétexte, ces principes ([ui sont, ainsi que l'expérience des âges l'a démontré, la sauvegarde de tout ce qu'il y a de plus j)récieux dans une société! Une année s'était à peine écoulée depuis que la législature, dans des circonstances toutes particulières et pour des raisons très-plausibles, avait pris sur elle de juger et de punir un grand criminel qu'il était impossible d atteindre en suivant le cours ordinaire de la justice, et déjà la brèche faite dans les barrières (pii protègent les droits les plus cbers des Anglais s'élargissait raj)idement. Ce qui, l'amiée précédente, avait été défendu uniquement comme une rare exception, semblait maintenant regardé comme la règle ordinaire. Ajoutons (]ue le bill des |ieines et pénalités, (pii maintenant pas- .sait si facilement à la Chambre des comnunu's, soulevait infiniment plus d'objections que celui cpii, dans la session |)récédente, avait rencontré à cluupie épreuve une résistance si obstinée.

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