‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 21 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

que Charles Dimcombe, qui était né pour porter des paquets et balayer un comptoir, allait être puni de sa friponnerie par la réduction de ses revenus à huit mille livres sterling par an, c'est-à-dire à plus que ce que la plupart des comtes possédaient alors?

Il n'était pas probable que ses juges se sentissent pris de compassion pour lui, et ils avaient tous de fortes raisons personnelles pour voter contre lui. Ils furent tous de fait corrompus par le bill même qui devait le punir. On supposait que sa fortune s'élevait à un chiffre beaucoup plus considérable que quatre cent mille livres sterling. Deux tiers de cette fortune équivalaient à en-, viron sept pences par livre sur l'Etat de la contribution foncière du royaume. Si donc deux tiers de cette fortune avaient pu arriver dans la caisse de l'Echiquier, l'impôt foncier pour 1699, charge des plus pénibles pour la classe qui possédait en Angleterre la plus grande partie du pouvoir, se serait trouvé réduit de trois shillings à deux et cinq pences. Chaque propriétaire, membre de la Chambre des communes, ayant un revenu de mille livres, aurait eu trente livres de plus à dépenser, et cette somme eût suffi pour combler la différence qui existe entre un état d'aisance et une position gênée toute l'année. Si le bill avait passé, si la petite noblesse et la yeomcinry du royaume avaient vu la possibilité d'obtenir un dégrèvement désiré d'impôt en imposant à un Shylock ou à un sir Giles-Overreach ', au moyen d'une loi rétroactive, une amende

'Personnage d'une comédie de Massinger, aussi proverbialement cupide que le Shylock de Shakspcare. a. r.

r)8 RÈGNE DE GUILLAUME III.

pas plus lourde que son méfait considéré au point de vue moral n'eût semblé le mériter, il est impossible de croire qu'elles ne se lussent pas empressées de recourir à une ressource si simple et si agréable. En tout temps, il est aisé de trouver des ricbes qui ont commis de mauvaises actions que la loi ne punit pas ou punit d'une manière insuffisante. Les biens de ces bommes-là n'eussent pas tardé à être considérés comme un fonds applicable au service public. Aussi souvent qu'il eût été nécessaire de voter un subside extraordinaire à la couronne, le comité des voies et moyens eût cherché quelque capitaliste impopulaire à piller. L'appétit eût grandi par les facililés mémos qu'il eût trouvé à se satisfaire; les accusations eussent été accueillies avec avidité ; les bruits et les soupçons e\issent été acceptés comme des preuves; la richesse des grands orfèvres de la Banque royale n'eût pas joui de plus de sécurité que celle d'un Juif sous les Plantagenets, ou que celle d'un chrétien sous un pacha turc; les riches eussent essayé de placer ce qu'ils possédaient de manière à le tenir parfaitement caché et à pouvoir l'enlever facilement. Au bout de peu de temps, on eût trouvé que de toutes les ressources financières la moins productive est le vol, et que le public avait réellement payé beaucoup plus cher pour avoir les centaines de mille livres de Duncoudje que s'il les eût empruntées à hO pour lOC Ces considérations avaient plus de poids auprès des Lords qu'auprès des Communes. A la vérité, l'une des piincipales attributions de la Chambre haute est de défendre les droits établis de la propriété, dans les cas où ces droits sont impopulaires et attaqués par des

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