CHAPITRE I
de cargaisons illicites avaient été employées à passer et à repasser entre le comté de Kent et la Picardie. Le chargement et le déchargement avaient eu lieu tantôt dans les marais de Romney, tantôt sur la baie au-dessous des falaises qui s'étendent entre Douvres et Folkstone. Tous les habitants de la côte du Sud Est étaient dans le complot. C'était un dicton populaire parmi eux que lors même qu'il y aurait une potence dressée sur chaque quai et mille le long de la côte, le commerce nen marcherait pas moins avec activité. On avait découvert, quelques années auparavant, que les navires ainsi que les lieux de refuge qui étaient nécessaires aux opérations des contrebandiers avaient servi fréquemment aux traîtres. Le rapport contenait de nouvelles preuves sur ce point. Il fut démontré que c'était un contrebandier qui avait fourni le bâtiment avec lequel le misérable O'Brien avait transporté en France Scum Goodman.
La conclusion qu'on aurait dû tirer de ce fait, c'était que le système prohibitif était absurde. Ce système n'avait pas détruit le commerce qu'on redoutait si fort, et de plus, il avait donné naissance à une race d'hommes déterminés qui, habitués à gagner leur pain de chaque jour par la violation d'une loi déraisonnable, en venaient bientôt à regarder avec mépris les lois les plus raisonnables, et qui, après avoir commencé par éluder les agents de la douane, finissaient par conspirer contre le trône. El si, en temps de guerre, alors que le canal, dans toute son étendue, était couvert de nos croiseurs, on s'était vu dans l'impossibilité d'empêcher l'échange régulier des toisons de Costwold contre les
tissus façonnés dtî Lyon, quelle chance y avait-il (jue les moyens qu'on emploierait pour cela en temps de paix fussent plus efficaces? Toutefois, les politiques du dix-septième siècle furent d'avis que des lois sévères, sévèrement administrées, sauveraient infailliblement les Anglais de l'intolérable vexation de vendre cher ce qu'ils pouvaient produire par eux-mêmes mieux que leurs voisins, et d'acheter bon marché ce que leurs voisins pouvaient produire mieux qu'eux. La pénalité qui frappait l'importation des soies françaises fut aggravée. Le Parlement passa un acte qui donnait à une compagnie anonyme le monopole absolu des taffetas pour une période de quatorze années. Le fruit de ces sages conseils fut tel qu'on eût pu le prévoir. L'importation des soies françaises continua , et longtemps avant l'expiration du terme de quatorze années, la compagnie du taffetas avait dépensé tout son capital, ses bureaux étaient fermés et son nom même était oublié aux clubs de Jonathan et de Garraway.
Non contente de cette législation qui réglait L'avenir, les Communes résolurent, à l'unanimité, de traiter les délits que le comité avait signalés comme des crimes de haute trahison contre l'État, et de déployer contre un petit nombre de merciers rusés de Nicholas-Lane et d'Old-Jcwry tout ce pompeux et embarrassant attirail qu'elles auraient dû réserver pour les délits des grands ministres et des juges. Elles adoptèrent, sans même aller aux voix, une résolution portant que plusieurs Français et un Anglais, qui étaient fort eomjiromis dans le eonnneree de contrebande, seraient mis en accusation. On nomma des commissaires, on rédigea