CHAPITRE I
lies articles, on lit des pr«';paratifs pour garnir Westminster-Hall de bancs et de tapisseries écarlates, et l'on crut un instant que ces procès dureraient jusqu'aux premiers coups de fusil de la chasse aux perdrix. Mais les défendeurs, ayant peu d'espérance d'être acquittés et ne désirant pas que les Pairs entreprissent de déterminer leur punition dans la disposition d'esprit où devait vraisemblablement les mettre un mois d'août passé à Londres; les défendeurs s'abstinrent très-sensément de causer à leurs seigneurs une fatigue inutile, et s'avouèrent coupables. Aussi les sentences portées contre eux furent douces. Les Français furent simplement condamnés à des amendes, et celles-ci ne s'élevèrent probablement pas à la cinquième partie des sommes qu'ils avaient réalisées par un trafic illégal. L'Anglais qui avait aidé Goodman à s'échapper fut condamné à une amende et à la prison.
Le progrès de la fabrication des étoffes do laine en Irlande excita alors plus d'alarme et d'indignation que le commerce de contrebande avec la France. La question française avait été simplement commerciale, mais la question irlandaise, commerciale dans l'origine, devint politique. Ce n'était pas seulement la prospérité des fabricants de drap du Wiltsbire et du West-Riding* qui était en jeu, c'étaient encore la dignité de la couronne, l'autorité du Parlement et l'unité de l'empire.
^L&West-Riding est une des trois divisions de l'ancienne province du Yoikshire, qui contient encore le Eanl-IUding et le North-IVid'mg. Les principales villes manufacturières du Yoikshire sont Leeds, Halifax, Bradlort, Wakelield, Ivei^'liicy, Huddersfield, Pontei'ract. SheKicid, Botherliam et Barnslev. \. p.
Déjà on pouvait discerner, parmi les membres de la colonie anglaise qui, grâce au secours et à la protection de la mère palj'ie, étaient alors les maîtres de l'Ile conquise, quelques signes d'un esprit, faible encore, il est vrai, et qu'il eût été facile d'abattre par quelques paroles résolues, mais destiné à revivre à de longs intervalles et à devenir, chaque fois qu'il se rencontrerait, plus fort et plus formidable.
Le personnage qui, dans celte circonstance, se présenta comme le champion des colons, le précurseur de Swift et de Gratian, fut AVilliam Molyneux. Il eût rejeté le nom d'Irlandais avec autant d'indignation qu'un ancien citoyen de Marseille ou de Cyrène, fier de la pureté du sang grec qui coulait dans ses veines, et investi par son origine du droit d'envoyer un char disputer le prix aux jeux Olympiques, eût repoussé le nom de Gaulois ou de Libyen. C'était, comme on disait à cette époque, un genllemar anglais de famille et de fortune, né en Irlande. Il avait étudié au Temple ', il avait voyagé sur le continent, il s'était lié avec les savants et les philosophes les plus éminents des universités d'Oxford et de Cambridge, il avait été élu membre de la Société royale de Londres, et c'était l'un des fondateurs de la Société royale de Dublin. Aux jours du triomphe du Papisme, il s'était réfugié en Angleterre au miheu de ses amis, puis il était retourné dans son pays natal lorsque l'ascendant de sa propre caste avait été rétabli, et il avait été choisi pour représenter l'université de
• Le quartier du Temple, à LonJres, est encore la jn'iiinière des jurisconsulles nngiais. a. p.