‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 27 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Dublin dans la Chambre des communes, Molyneux avait fait de grands efforts pour développer les manufactures du royaume où il résidait, et il s'était vu arrêté dans ses efforts par un acte du Parlement anglais qui soumettait à de sévères restrictions l'exportation des étoffes de laine fabriquées en Irlande. En principe, cet acte ne pouvait se défendre par aucune raison ; dans la pratique, il n'avait aucune importance. On n'avait pas besoin de prohibitions pour empêcher l'Irlande du dix-septième siècle d'être un grand pays manufacturier; d'un autre côté, les primes les plus libérales n'eussent jamais fait de l'Irlande rien de pareil. Mais la jalousie du commerce est aussi fantasque et aussi déraisonnable que la jalousie de l'amour. Les fabricants de drap du Wiltshire et du Yorkshire eurent la faiblesse de s'imaginer qu'ils seraient ruinés par la concurrence d'une île à demi barbare, d'une île où il y avait infiniment moins de capital qu'en Angleterre, où il y avait infiniment moins de sécurité pour la vie et la propriété qu'en Angleterre, où il y avait enfin infiniment moins d'industrie et d'énergie parmi les classes ouvrières qu'en Angleterre. D'un autre côté, Molyneux avait le caractère ardent d'un faiseur de projets. 11 s'imaginait que, sans l'intervention tyrannique d'étrangers, des villes rivales de Gand et de Bruges s'élèveraient dans le Connemara et dans les tourbières d'Allen. Et quel droit avaient les étrangers d'intervenir? Non content de montrer que la loi dont il se plaignait cta . absurde et injuste, il entreprit de prouver qu'elle était nulle de plein droit. Au commencement de l'année 1698, il publia et dédia au roi un traité; il émettait

70 RÈGNE DE Ol'ILLAUME III.

nettement celte assertion que le Parlement anglais n'avait point (rnnlorité sur l'Irlande.

Quiconque examinera sans passion ni préjugé la grande question constitutionnelle qui se trouvait alors soulevée pour la première fois reconnaîtra probablement que Molyneux était dans l'erreur. Le droit du Parlement d'Angleterre à faire des lois pour l'Irlande reposait sur ce principe général que l'autorité souveraine de la mère patrie s'étend sur toutes les colonies fondées par ses enfants dans toutes les parties du monde. Ce principe fut l'objet de longues discussions à l'époque des troubles d'Américjnc et fut alors maintenu, sans aucune réserve, non-seulement par les ministres anglais, mais encore par Burke et tous les adhérents de Rockingham. Les Américains eux-mêmes l'admirent, sous une seule réserve. Jusqu'au moment de la séparation, le Congrès reconnut liautoment (jue le roi, les Lords et les Communes étaient compétents pour faire des lois de toute nature, sauf une seule, pour le Massachussetts et laYirginie.Le seul pouvoir que des hommes tels que Washington et Franklin contestèrent à la législature de l'empire britannique fut celui d'imposer des taxes. Notre génération a vu passer dans ce pays des actes qui ont accompli dans nos colonies de grandes révolutions politiques et sociales, et leur validité n'a jamais été mise en ([uestion. Les plus renianjuables de ces actes furent la loi de ISOT, (jui abolit la traite des nègres, et la loi de 1853, qui abolit l'esclavage.

La doctrine (pie la mère patrie a sur les colonies un |)OUvoir sui)rème ne s'appuie pas seulement sur l'autorité des faits et des précédents; on la trouvera encore.

Page 1