‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 28 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

en rexaminant, conforme à la justice el à la politique. Lorsque les colonies sont dans la lail)lesse de l'enfance, l'indépendance leur serait pernicieuse on plutôt fatale; mais à mesure qu'elles grandissent x?t qu'elles prennent de la force, la sagesse conseille au gouvernement central de se montrer de plus en plus indulgent pour elles. Un père vaisonnable ne traite pas un lils de vingt ans comme un fds de dix. De même un gouvernement (jui a du bon sens ne traitera pas une [)rovince comme le Canada ou Victoria, connue il pourrait traiter une l)etite troupe d'émigrants qui viendiaient de conmiencer à bâtir leurs cabanes sur un rivage barbare, el à qui la protection du pavillon d'une grande nation serait indispensablement nécessaire. Néanmoins, il ne peut réellement y avoir dans une société plus d'un pouvoir suprême. Si donc un temps vi(Mit où la mère j)alric juge utile d'abdiquer entièrement son autorité souveraine sur une colonie, il faut adopter l'un ou l'autre de ces deux svstèmes : il doity'avoir incorporation conqilète, si une telle incorj)oration est possible. — Si elle ne l'est pas, il faut une séparation complète. 11 est en politique trèspeu de propositions qui puissent se démontrer aussi parfaitement que celle-ci, à savoir que le gouvernement parlementaire ne peut fonctionner avec deux Parlements réellement égaux et indépendants dans le même enqiire.

Et, si nous admettons en règle générale que le Parlement anglais est compétent pour faire des lois pour des colonies fondées par des sujets anglais, quelle raison y avait-il pour considérer le cas de la colonie établie en Irlande coujuic une exception'.' Car il faut remar-

qiier que toute la question était entre la mère partie et la colonie. Les habitants aborigènes, qui formaient plus des cinq sixièmes de la population, n'avaient pas plus d'intérêt dans cettc.affaire (|ue les pourceaux ou la volaille, ou bien, s'ils y avaient un intérêt, leur intérêt était que la caste qui les tenait sous sa domination nifût pas affranchie de tout contrôle extérieur. Ils n'étaient pas plus représentés dans le Parlement qui siégeait à Dublin que dans celui qui siégeait à\\ estminster. Ils avaient moins à redouter des lois qui se faisaient à Westminster que de celles qui se faisaient à Dublin. Ils n'avaient, il est vrai, que très-peu de justice à attendre des Tories anglais et moins encore des Whigs, mais le Whig anglais le plus acrimonieux n'éprouvait pas pour eux cette violente antipatiiie composée de haine, de crainte et de mépris, que nourrissait à leur égard le Cromwellien qui habitait parmi eux'. Et, en effet, ce Molyneux, qui se vantait d'être le champion de la

* Qu'une partie au moins tle la population indigène d'Irlande tournaii ses regards vers le l'ai lemcnt de Wct-tniin^tcr pour olitenir sa protection contre la tyrannie du l'arlenienl de Dublin, c\st ce qui résulte d'un dotunieiil iniilulc : Siluulioii (le la nation catholique romaine d'Irlande. Ce document, ('cril en 1711, par une persunne apparleuanl à la race et à la religion opprimées, se trouve dans un manuscrit qui est en la possession de lord Finj;all. Le l'arlenienl d'Irlande y est accusé de traiter les Irlandais plus durement que les Turcs ne Irailenl les cbrélioiis, et que les Égyptiens ne traitaient les iMaélitcs : « Us (les Irlandais), dit l'écrivain, s'adressent donc au l'arlemcnt actuel de la Grande-Bielagne comme à un l'arlenienl sévère sur 1 honneur et l'erme dans sa justice... Us demandent donc que ce grand rarlemenl fas.-c exécuter le traité de Linierlck dans tous les articles civils. » Afin de se rendre l'avorables ceux iluxquel^ il adre>se cet ap|)el, l'écriraiii accuse le Parlement irlandais d'empiéter sur l'nutorité suprême du l'arlcment anglais, et reproche aux colons, en général, leur ingratitude enters la mère patrie, à laquelle ils doivent tout.

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liberté, qui faisait profession d'avoir puisé ses principes politiques dans les écrits de Locke, et qui attendait avec confiance les applaudissements de ce philosophe, que deniandail-il au fond pour les indigènes d'Irlande, si ce n'est un escla\'age plus cruel, un joug plus intolérable? Ce qu'il réclamait, c'était, en ce qui concernait la colonie à laquelle il appartenait, que l'Angleterre abandonnât des droits qu'elle avait exercés et qu'elle exerce encore sur toutes les autres colonies fondées par elles. Et quelle raison pouvait-on donner pour justifier une pareille distinction? Aucune colonie n'avait tant dû à l'Angleterre; aucune colonie n'avait tant besoin de l'appui de l'Angleterre. Deux fois (des personnes qui vivaient alors s'en souvenaient) , les indigènes avaient tenté de secouer le joug étranger ; deux fois les envahisseurs avaient été dans un danger imminent d'être expulsés jusqu'au derniet; deux fois l'Angleterre était venue à leur secours et avait abattu la population celtique sous les pieds de ses propres enfants. — Des millions d'argent anglais avaient été dépenses dans la lutte ; le sang anglais avait coulé à la Bovne et à Athlone, à Aghrin et à Leraerick; les tombeaux demillieis de soldats anglais avaient été creusés dans les marais pestilentiels du Dundalk; enfin, c'était grâce aux elforts et aux sacrifices du peuple anglais que, des piliers basaltiques de l'Ulster aux lacs de Kerry, les colons saxons foulaient aux pieds les enfants du sol. La colonie établie en Irlande était donc, dans toute la force du terme, une dépendance, une dépendance non-seulement d'après la loi commune du royaume, mais d'après la nature des choses. Il était absurde de réclamer

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