CHAPITRE I. r
Iroupcs de Charles II n'eussent pas siifli pour tenir «larnison dans les postes que nous occupons à présent dans la mer Méditerranée seulement. Les régiments qui défendent les dépendances éloignées de la couronne ne peuvent être convenablement recrutés et relevés, à moins d'entretenir constamment dans l'intérieur du ro\auine une force beaucoup plus considérable que celle que Jacques 11 rallia au camp d'Hounslow pour en imposer à sa capitale. La vieille antipathie nationale contre une armée permanente, antipathie à la fois raisonnable et salutaire, mais qui survécut à l'époque où elle était devenue déraisonnable et funeste, cette antipathie a insensiblement cédé à la force irrésistible des circonstances. Nous avons fait la découverte qu'une armée peut être constituée de telle manière qu'elle est aussi efficace que possible contre un ennemi extérieur et cependant docile au magistrat civil. Il y a longtemps que nous avons cessé d'appréhender aucun danger pour les lois et la liberté de la licence des troupes et de l'andîition des généraux victorieux. Qu'un alarmiste vienne aujourd'hui tenir le langage qui était si communément tenu il y a cinq générations, réclamer le licenciement complet de toutes les forces de terre du royaume, en prédisant gravement que les guerriers d'Inkermann et de Delhi déposeront la reine, dissoudront le Parlement et pilleront la banque, on le regardera conuiie un fou qu'il faut enfermer dans une cellule de rhos])ice Saint-Luc. Mais, avant la révolution, nos ancêtres ne connaissaient une armée permanente que comme l'instrument d'un pouvoir illégal. Jugeant d'après leur expérience, ils croyaient impossible qu'une
fi RÈGNE DE GUILLAUME III.
somMable armén existât sans faire courir un danîrer aux droits de la couronne et aux droits du peuple.
Une classe de |)olitiques ne se lassait jamais de répéter qu'une Kglise apostolique, une gentillionimerie fidèle, une noidesse ancienne, un roi saintement reli- •rieux, avaient été indijj;iiement outragés par les Joyces et les Prides ; une auti'o classe racontait les atrocités commises par les Agneaux de Kirke et par les Belzéliutlis et les Lucifers du Dundee; les deux classes, ne s'accordant guère que sur ce point, étaient donc volontiers d'accord dans leur aversion des habits rouges.
Tandis que tel était le sentiment de la nation, le roi, comme politique et connue général, ne j.ouvait voir avec plaisir le licenciement et la dispersion de ce superbe corps de troupes ciu'il était si difficilement parvenu à former. Mais quant à cela il ne pouvait pas absolument compter sur le concours de ses ministres, et ses ministres ne pouvaient absolument compter sur l'appui de cette majorité parlementaire dont le dévouement l'avait aidé à affronter l'ennemi du dehors et à accabler les traîtres du dedans, à relever les finances dépréciées et à asseoir le crédit public sur une base solide.
Les difficultés de la situation du roi peuvent être at- Irihuées, en partie du moins, à une erreur qu'il avait commise le printem|)s précédent. La Gazette de L()»(//('.s, en aimonçant la triple nomination de Sunderland comme chaudicllan de la maison rovale, meudne du Conseil piivé et un des Lords-juges chargés du 1:00vcrnomcul jiendanl Télé, avait causé beaucoup din- (piii'lude aux lutuuiu's simples el honnêtes (jui se rap-