CHAPITRE I
pelaient toutes les voies tortueuses de sa longue carrière. Par le fait, ses concitoyens étaient injustes pour lui, car ils le regardaient non-seulement comme un politique sans principes et sans foi, ce qu'il était, mais encore comme un ennemi des libertés de la nation, ce qu'il n'était pas. Ce qu'il voulait, c'était la sécurité, la richesse, les grandeurs; à ces trois choses il avait été constamment dévoué à travers toutes les vicissitudes de sa vie. Pour ces trois choses d avait passé d'une Eglise à une autre, d'une faction à une autre; il s'était joint aux plus turbulentes oppositions sans amour de la liberté et avait servi le plus arbitraire des monarques sans amour de la monarchie; il avait voté de bill d'Exclusion sans être Protestant et adoré l'hostie sans être Papiste; il avait vendu son pays en même temps aux deux grands partis qui divisaient le continuent, reçu l'argent de la France et envoyé les nouvelles à la Hollande. Cependant ses opinions, s'il était possible de dire qu'il eût des opinions, étaient celles des Whigs. Depuis son retour de l'exil c'était généralement en faveur du parti whig qu'il avait exercé son influence. C'était par son conseil cjue le grand Sceau avait été confié Somers, que Nottingham avait été sacrifié à Russell et que Montagne avait été préféré à Fox. C'était par son adroite entremise que la princesse Anne avait été détachée de l'oi)position et que Godolphin avait perdu sa place de cliei" de la Commission du trésor. Le parti si bien servi par Sunderland tenait un nouveau gage de sa tidélilé. Son fds unique, Charles lord Spencer, débutait dans la vie politique. La précoce maturité du caractère moral et intellectuel du
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jcunn Inicl avait fait naîtro des espérances qui ne devaient pas se réaliser. Sa connaissance de la liltéralnre ancienne et son talent pour imiter le style des maîtres de réln(|uence romaine étaient applaudis par les vieux érndits. La diiiiiité de sa conduite et la régularité ap- ])areulc de sa vie charmaient les moralistes austères. On lui connaissait, il est vrai, un goût dispendieux, mais c'était un goût de l'espèce la plus estimable : il aimait les livres et s'appli(juait à former la plus magnifique hibliollièque particulière de rAnglelerre. Tandis que d'autres héritiers de nobles maisons examinaient des modèles de cravates et des nœuds d'épée, faisaient la cour aux actrices ou pariaient aux combats de coqs, lord Spencer était à la recherche de l'édition de Mayence des Olfices de Cicéron, du Stace de Parme, et de l'inappréciable Yiigile ,de Zarottus', Il était naturel (ju'une grande attente fût excitée par la vertu et la sagesse d'un jeune homme dont même le luxe et la prodigalité avaient un air de m'ave érudition; il était naturel (pi'au plus perspicace esprit échappât la découverte des vices qui se cachaient sous cette parade de raison prématurée.
Sp(Micer était im Whig, malheureusement pour le parti whig, qui, avant la lin sans honneur et sans regrets de sa vie, In! pins d une fois poussé au bord de sa ruine par son caractère violent et sa politiq\ie lor-
• Evclyn vit l'oililion île Mayciice des Offices ilans la bibliollièquc de lonl SpciKcr en août Ki',**,): Marklaïul, <lans sa prélace lies Sljll'es de Stace, reioniiaîl ses ubligalioiis à lu raiissimc éiiiûun de larme a|)|)ar- Iciianl à la colleciidii île lord S|icnier. Quant au Virgile de Zatolti, (juc lord Spciii'iT arliela pour quarante-six liv. st., voyez les extraits i\u journal de Warley, dans les Anecdotes littéraires de Kiciiols.