CHAPITRE I
gnie offrit, en retour d'un monopole assuré par la loi, un emprunt de sept cent mille livres, et les Tories en masse se prononcèrent pour l'acceptation de cette oCfre. Mais ces infatigables agitateurs qui, depuis la Révolution, s'étaient toujours eiforcés d'obtenir une part dans le commerce des mers d'Orient , se remuèrent dans cette conjoncture avec plus d'activité que jamais , et trouvèrent dans Montague un puissant patron.
Cet adroit et éloquent politique avait deux objets en vue : l'un était d'obtenir pour l'Etat, comme prix du monopole, une somme beaucoup plus considérable (|ue celle que l'ancienne Compagnie pouvait donner ; l'autre était de servir les intérêts de son propre parti. Nulle part, la lutte entre les Wbigs et les Tories ne fut l)lus vive que dans la Cité de Londres et l'influence de la Cité de Londres se faisait sentir jusqu'au coin le plus reculé du royaume. Élever la fraction whig de cette puissante aristocratie commerciale qui se réunissait sous les arcades de la Banque royale et abaisser la fraction tory, était depuis longtemps l'un des plans favoris de Montague. 11 avait déjà bâti une citadelle au cœur de ce grand marcbé, et il croyait maintenant qu'il était en son pouvoir d'ériger une seconde forteresse dans une position presque aussi dominante et d'y mettre garnison. On avait dit souvent, aux temps des guerres civiles, que celui qui était maître de la Tour et du fort Tilbury était maître de Londres. Les places fortes au moyen desquelles Montague se proposait de maintenir la capitale dans l'obéissance dans des temps de paix et de gouvernement constitutionnel étaient d'une nature différente. La Banque était l'une de ses
forteresses, et il espérait trouver l'autre dans l'hôtel tl'unc nouvelle Compagnie des Indes.
La tâche qu il avait entreprise n'était pas facile, car tandis (jue ses adversaires étaient unis, ses adhérents étaient divisés. La plupart de ceux qui étaient pour une nouvelle compagnie pensaient que cette nouvelle compagnie devait être, comme l'ancienne, une compagnie j)ar actions. Mais quelques-uns étaient d'avis que notre commeicc avec l'Inde marcherait mieux au moyen de ce qu'on appelle une compagnie soumise à une charic. Il y avait une compagnie de Tuiïjuie dont les membres contribuaient à un fonds général, et possédaient en retour le privilège exclusif de trafiquer avec le Levant ; mais ces membres faisaient le trafic chacun pour son compte, ils accaparaient les marchandises, et les vendaient à plus bas prix les uns que les autres, et tandis (pie l'un s'enrichissait, l'autre faisait banqueroute. En allendanl, la conqiagnie veillait aux intérêts communs de tous ses membres, fournissait à la couronne les moyens d'entretenir une ambassade à Constantinople, et plaçait dans différents ports importants des consuls et des vice-consuls, dont les fonctions étaient de maintenir le pacha et le cadi en bonne humeur, et déjuger comme arbitres dans l(>s disputes entre Anglais. Pour- (|uoi le même système ne réussirait-il pas dans des régions situées bien plus loin encore en Orient ? Pourquoi chaque membre de la nouvelle conq^agnie n'amait-il pas la liberté d'exporter des marchandises européennes dans les pays au delà du Cap, et d'eu rapporter en Angleterre des châles, du salpèlre et du ihébohéa, tandis (pie la conqiagnie, en tant (pi'élre collectil', pourrait