CHAPITRE I
traiter avec les potentats asiatiques, ou exiger d'eux des réparations et être investie de pouvoirs pour l'administration de la justice et le gouvernement des forts et des factoreries.
Montague essaya de satisfaire tous ceux dont l'appu lui était nécessaire, et ce but, il ne put l'atteindre qu'en proposant un plan si compliqué, qu'il faut quelque peine pour le comprendre. Il avait besoin de deux millions sterling pour tirer l'Etat de ses embarras linanciers ; cette somme, il proposa de la demander à un emprunt à buit pour cent : les prêteurs pourraient être de simples individus ou des corporations; mais tous, individus et corporations, seraient unis dans une nouvelle corporation qui devait s'appeler la Société Générale. Tout membre de la Société Générale, simple individu ou corporation, pourrait trafiquer séparément avec l'Inde, dans une limite qui n'excéderait pas la somme que ce meml)re aurait avancée au gouvernement ; mais tous les membres , ou n'importe lequel d'entre eux pourrait, s'il le jugeait à propos, renoncer au privilège de trafiquer séparément, et s'unir sous une cbarte royale, dans le but de faire le commerce en commun. Ainsi la Société Générale était, par sa consti-
; tution originelle, une compagnie avec une cbarte;
\ mais il était stipulé que, soit la société tout entière, soit une partie de la société, pourrait devenir une compagnie par actions.
L'opposition à ce plan fut violente et obstinée ; l'ancienne compagnie présenta pétition sur pétition : les Tories, avec Seymour à leur tète, firent appel à la bonne foi ainsi qu'à la compassion du Parlement. Ils s'étendi-
80 P.Ef.NK DE GL'1LI,.VL'ME III.
rent longuement sur la sainteté de la charte existante, et sur la sollicitude duc aux nombreuses familles qui, se reposant s\u' cette charte, avaient placé leur avoir sur les fonds de l'Inde. Du côté des AVhigs, on ne manquait pas d'arguments plausibles, ni d'habileté pour les faire valoir. N'élait-il pas étrange que ceux qui parlaient si haut de la charte eussent oublié complètement la clause même de la charte sur kquelle roulait toute la question? Cette clause réservait expressément au gouvernement le pouvoir de révocation, en avertissant trois ans d'avance, si la charte ne paraissait pas avantageuse au public. Or, il était certain cju'elle n'avait pas été avantageuse au public ; ilfallaitdonc faire la notification voulue, et la révocation aurait lieu en 1 70 1 . Qu'y avait-il de plus juste? Si quelqu'un avait la faiblesse de s'imaginer que les privilèges de l'ancien.ne compagnie étaient perpétuels, lorsque linstrumenl même qui créait ces privilèges déclarait expressément qu'ils étaient limités, quel droit avait-il de blâmer le Parlement, dont le devoir était de consulter l'intérêt de l'Etat, et de ne pas le dérober, aux dépens de l'Elat, à la punition naturelle de sa propre folie? Il était évident qu on ne proposait rien d'incompatible avec la stricte justice : et quel droit avait la compagnie à plus qu'une stricte justice? Les pétitionnaires, qui suppliaient le législateur de les traiter avec indulgence dans leur adversité, comment avaient-ils usé de leur prospérité sans bornes? L'hôtel de la compagnie des Indes u'avail-il pas été récemment le foyer même de la corruption, le lieu infect d'où la pi'ste s'était répandue dans la Cour et le Conseil, dans la Chambre des counnunes et dans la Chand)re