‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 33 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

des lords? Avait-on oublié les révélations de 1095, les huit mille livres sterling de fonds secrets dépensés en une année, les sommes énormes directement et indirectement employées en présents corrupteurs, les contrats de salpêtre de Seymour, les sacs d'or deLeeds? Les actes illicites, que l'enquête refaite dans la Chambre de l'échiquier mit alors en lumière, avaient amené la déchéance de la charte, et il eût été heureux que cette déchéance eût été immédiatement prononcée. « Si le temps n'avait pressé, dit Montagne, s'il n'avait pas fallu clore la session, il est probable que les pétitionnaires qui maintenant crient si haut qu'ils ne peuvent obtenir justice, eussent obtenu alors plus de justice qu ils n'en eussent désiré. Si on leur eût demandé compte, en 1695, du tort grave, du tort réel dont ils étaient coupables, nous ne les entendrions pas ici, en 1698, se plaindre d'un tort imaginaire. »

L'obstination et la dextérité de l'ancienne compagnie et de ses amis prolongèrent la lutte depuis la première semaine de mai jusqu'à la dernière de juin. — Il semble qu'un grand nombre des adhérents de Montague doutèrent de voir paraître les deux millions promis. Ses ennemis prédirent avec assurance que la Société Générale échouerait aussi complètement que la Banque territoriale deux ans auparavant, et qu'à l'automne il se trouverait eu présence d'un Echiquier vide. Toutefois, son activité et son éloquence l'emportèrent. Le 20 juin, après un grand nombre de sessions laborieuses, la question de savoir si le bill passerait fut posée et résolue affirmativement par cent quinze voix contre soixantedix-huit. Dans la Chambre des lords, la lutte fut

courte et vive. Quelques pairs déclarèrent que, dans leur opinion, la souscription à l'emprunt proposé, loin de s'élever aux deux millions que le chancelier de l'Echiquier espérait, resterait fort au-dessous d'un million. D'autres, avec heauconp de raison, se plaignirent qu'une loi d'une si haute importance leur eût été envoyée sous une forme telle qu'il fallait ou l'adopter ou la rejeter en entier. Les Communes avaient, dans ces derniers temps, grandement abusé de leur privilège au sujet des bills de finances. C'était par un bill de finances qii'elles avaient créé la Banque, et c'était par un autre bill de finances qu'elles voulaient créer cette Société (iéncrale. Ce bill, les Lords ne pouvaient l'amender; ils pouvaient, il est vrai, le rejeter, mais le rejeter c'était ébranler les bases du crédit puWicet laisser le royaume sans défense. Ainsi une branche de la législature se voyait systématiquement placée par l'autredans un état de contrainte et semblait devoir être réduite à une insignifiance complète. Il valait mieux que que le gouvernement se trouvât une fois dans un embarras d'argent, que si la ('hambre des pairs cessait de faire partie de la constitution. Ce sentiment fut si fort fpie le l)ill ne passa qu'à la majorité de soixante-cinq voix contre quarante-huit. 11 reçut le 5 juillet la sanction royale. Le roi prononça alors du haut du trône le discours de clôture, (l'était la première fois qu'un loi d'AngU terre adressait la parole à un Pailemenl dont r('\i>trn(i" alhiil s(> ieiiuincr, non en vertu d'un acte royal, mais en vertu de l'acte même de la loi. Le roi ne pouvait, dit-il, preiulre congé des Lords et dis Centlemen réunis devant lui sans reconnaître publiquement

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