CHAPITRE I
les grandes choses qu'ils avaient faites pour la dignité du Irùne et le bonheur de la nation. Il énuméra les j)rincipaux services que, dans le cours des trois sessions fécondes en événements, ils avaient rendus au pays. « Ces choses, dit-il, donneront à ce Parlement une réputation durable et seront un sujet d'émulation pour les Parlements qui lui succéderont. » Les Chambres furent ensuite prorogées.
Pendant la semaine qui suivit, il y eut quelque inquiétude au sujet du résultat de la souscription ouverte pour former le fonds de la Société Générale. Si cette souscription échouait, il y aurait un déficit; le crédit public serait ébranlé et Montagne serait regardé comme un présomptueux qui, n'ayant dû sa réputation qu'à une veine heureuse, avait tenté la fortune une fois de trop. Mais les choses tournèrent comme il n'avait guère osé l'espérer, malgré toute sa confiance. Le 1 4 juillet, à une heure de l'après-midi, les registres furent ouverts dans la salle de la Compagnie des Merciers, à Cheapside. Une foule immense était déjcà rassemblée dans la rue. Dès que les portes se furent ouvertes devant le public impatient, de riches citoyens, leur argent à la main, se précipitèrent dans la salle, se poussant et se coudoyant les uns les autres. Les commis ne suffisaient pas à compter les guinées. Avant la nuit, six cent mille livres avaient été souscrites. Le lende^ main, la foule fut aussi grande. Plus d'un capitaliste s'inscrivit pour trente mille livres. A l'étonnement de ces politiques qui, comme des oiseaux de mauvais augure, s'en allaient répétant sans cesse et partout que la guerre, la dette, les taxes, les dons aux courti-
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sans hollandais avaient ruiné le royaume, la somme qu'on avait douté (jue l'Angleterre pût trouver en plusieurs semaines, fut souscrite par Londres en quelques heures. Les demandes des villes de province et des districts ruraux vinrent trop tard. Les mai'cliands de I]ristol avaient eu l'intention de piendre trois cent mille livres d'actions; mais, avant de donner leurs ordres délinitifs, ils avaient attendu pour savoir comment la souscription marchait ; et, dans le temps que la malle avait mis pour aller à Bristol et en revenir, toutes les actions avaient été enlevées.
. Ce fut le moment où la fortune de Montagne atteignit son apogée, mais elle approchait de son déclin. On ne parlait partout qu'avec admiration et envie de son hahileté et de ses succès constants. « Cet honnne, disaiton généralement, n'a jamais eu hesoin, et n'aura jamais hcsoin de recourir à des expédients. »
Pendant la session si longue et si occupée qui venait de finir, il s'était passé quehpies événements non moins intéressants qn'inq)ortants, (ju'il convient de mentionner ici. L'un de ces événements fut la destruction du plus célèhrc palais que les souvei-ains d'Angleterre aient jamais hahité. Dans la soirée du 4 janvier, une fenmie (les journalistes et pamphlétaires patriotes du tem|)s ne manquèrent j)as de remarquer qu'elle était Hollandaise) (pii était cnqiloyée comme hlanchisseusc à Whitchall, alluma dans sa chamhre un l'en de cliarhon, et plaça autour du linge pour le faire sécher. Ce linge prit l'eu et alhmia une incendie furieux. Bientôt les tapisseries, les garnitures de lit, les hoiserics furent en flammes, cl la malheureuse femme, au-
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(oLir de ce désastre, péril. Les llaïuiiies ne tardèrent pas à s'élancer au dehors, par les cioisées. Tout ^^estniinster, tout le Strand, toute la Tamise furent en émoi. Avant minuit, les appartements du roi, ceux de la reine, la garde-rolie, la Trésorerie, les bureaux du Conseil privé, ceux du secrétaire d'Elat avaient été détruits. I.es deux cliaptlles devinrent l'une et l'autre la proie des flammes ; nous voulons parler de cetle ancienne cliapelle où Wolsey avait entendu la messe entouré de chapes magnifiques, de chandeliers d'or, de crosses ornées de pierreries, et de cet édilice moderne que Jacques avait fait élever pour y faire ses dévotions, la chapelle qu'avaient endjellie le pinceau de Verrio et le ciseau de Gibbons. Sur ces entrefaites on avait fait sauter une vaste éttMidue de bâtiment, et on espérait par cet expédient avoir arrêté les progrès du feu; mais vers les premières heures de la matinée, un nouvel incendie se déclara dans un amas de matières combustibles que l'explosion de la mine avait lancées à droite et à gauche. La salle des gardes l'ut consumée, et il ne resta pas trace de celle célèbre galerie qui avait vu tant de bals et de cérémonies, ou tant de lilles d'honneur avaient prêté trop complaisaniment l'oreille aux serments et aux flatteries des galants, où tant de sacs d'or avaient changé de maîtres à la table de jeu. Pendant quelque temps, on désespéra de Banqueting-llouse. Les flammes s'élancèrent dans la partie sud de cette magnifique salle des Banquets, et on ne les éteignit qu'avec beaucoup de peine, grâce aux efforts des gardes, auxquels Culs, qui n'avait pas oublié sou glorieux surnom de Salamandre, donna dans cette
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miit terrible un aussi bon exemple que celui cju'il leur avait (Jonné sur la brèche de Xainur. Un grand nombre de personnes périrent ; un grand nombre aussi furent blessées grièvement par les masses de pierres et de char- |)cntcs (jni tombaient de tous côtés, avant qu'on se fût tout à fait rendu maître du feu . Lorsque le jour parut, les monceaux de ruines fumantes s'étendaient depuis Scotland-Vard jusqu'au Boulingrin, où s'élève maintenant l'hôtel du duc de Bucclcuch. La salle des Ban(|ucts fut conservée, mais les gracieuses colonnes et les fesions dessinés par Inigo Jones furent tellement dégradés et noircis qu'on pouvait à peine en distinguer la forme. On avait eu le temps d'enlever les objets les plus précieux qui étaient susceptibles d'être transportés. Malheureusement (pielqucs-uns des chefs-d'œuvre d'IIolbein étaient peints sur les murs, et c'est pour cela que nous ne les connaissons que par des copies et des gravures. Les registres de la Trésorerie et du Conseil privé furent sauvés et existent encore. Les minisires dont les bureaux avaient été brûlés en trouvèrent d'autres dan> le voisinage. Henri VIII avait fait bâtir, près du parc de Saint-James, deux appendices au palais de Whiteliall, une arène pour les combats de coqs et un jeu de paume. La Trésorerie occupe aujourd'hui l'emplacement de la première, et les bureaux du Conseil privé celui du second . Malgré les nomlireux souvenirs ipn rendent encoie le nom de AVhitehall intéressant jtour un Anglais, le vieux palais fut peu regretté. 11 était, il est vrai, spacieux et connnode, mais mesquin et sans élégance. Les habitants de la capitale avaient été importunés dcnleiulre les railleries des étrangeis sur la principale rési-