‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 36 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

n'y avait ni littérature, ni science, ni école, ni collège. Ce n'était que plus de cent ans après l'invention de l'imprimerie qu'une seule presse avait été introduite dans l'empire russe, et cette presse avait été détruite, peu de temps après, dans uii incendie qu'on suppose avoir été allumé parles prêtres. Même au dix-septième siècle, la bibliothèque d'un prélat du plus haut grade de la hiérarchie grecque se composait d'un petit nombre de manuscrits : ajoutons que ces manuscrits étaient plies en longs rouleaux, car l'art de relier les livres était inconnu. Les personnes les mieux élevées savaient à peiue lire et écrire. C'était beaucoup si le secrétaire auquel était confiée la direction des négociations avec les puissances étrangères avait la connaissance suffisante d'un mauvais latin pour se faire comprendre. L'arithmétique était celle de l'âge des ténèbres; la numération décimale était inconnue, même dans le trésor impérial; les calculs se faisaient au moyen de balles enfilées sur des fils métalliques. Autour de la personne du souverain resplendissaient l'or et les pierreries, mais même dans les plus splendides palais on trouvait la saleté et la misère d'une cabane irlandaise. C'est ainsi qu'en 1605, à Moscou, les gentilshommes de la suite de lord Carlisle se virent logés tous dans la même chambre, et qu'on les prévint que s'ils ne restaient pas ensemble, ils courraient le risque d'être dévorés par les rats.

Tel était lo récit que les légations anglaises faisaient de ce qu'elles avaient vu et souffert en Russie, leur témoignage était confirmé par l'apparition que les légations russes faisaient en Angleteire. Ces étrangers ne

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parlaient aucune des langues des pays civilisés ; leurs costumes, leurs gestes, leur manière de saluer, tout en eux avait un caractère sauvage et liarbare. L'ambassasedeur, ainsi que les grands personnages qui raccom • gnaient, déployaient tant de faste, que tout Londres se pressait sur leurs pas pour les regarder curieusement, et ils étaient si sales que personne n'osait les toucher. Quand ils venaient aux liais de la cour, ils laissaient tomber autant d(^ vermine que de perles. On disait qu'un envoyé administrait des coups de bâton aux seigneurs de sa suite, lorsqu'il leur arrivait de salir ou de perdre une partie (pielconque de leur costume, et qu'on avait eu mille peines à en empêcher un aulre de mettre son fils à moi1, parce qu'il avait commis le crime de se raser et de s'habiller à la mode française.

Nos ancêtres ne furent donc pas peu surpris d'apprendre qu'un jeune barbare, devenu à dix-sept ans l'autocrate de l'inmiense région qui s'étendait des confins de la Suède à ceux de la Ciiine, et avant reçu une éducation inférieure à celle d'un fermier ou d'un boutiquier anglais, avait formé des projets d'amélioration gigantesques, avait appris assez de quelques langues de l'Ein'opc occidentale pour connunniquor avec les hommes civilisés, avait commencé à s'entourer d'habiles aventuriers de diverses paities du monde, avait envové un grand nombre de sis jeunes sujets étudier les langues, les aris et les sciences, dans les villes étrangères, et finalement avait pris la résolution de voyager comme un sinq)le particulier, afin de découvrir, par son observation persomielle, le secret de l'immense degré de prospérité et de puissance dont jouissaient certaines

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