CHAPITRE r
sérieuses se dirigeaient d'un autre côlc. Nul ne pouvait dire si la France, celte ennemie si récente, ne le redeviendrait pas bientôt.
Les nouvelles relations diplomatiques entre les deux grandes puissances occidentales étaient bien différentes de celles qui avaient existé avant la guerre. Pendant les di.N-huit années qui s'élaient écoulées entre la signature du traité de'Douvres et la Révolution, tous les ambassadeurs qui avaient été envoyés de Wbiteliall à Versailles n'avaient été que des flatteurs du grand roi. En Angleterre, l'ambassadeur de France avait été l'objet d'un culte dégradant. Les cbefs des deux grands partis avaient été ses pensionnaires et ses instruments. Les ministres de la couronne lui avaient rendu des bomraages publics. Les cbefs de l'opposition s'étaient glissés dans sa maison par la porte de derrière. Les rois s'étaient abaissés à inqdorer ses bons offices, l'avaient persécuté pour avoir de l'argent avec l'importunité des mendiants de la rue, et lors(|u'ils avaient réussi à obtenir de lui une cassette pleine de doublons ou une lettre de change, ils l'avaient embrassé avec des larmes de reconnaissance et de joie. Mais ce temps était passé. — On ne devait pas revoir l'Anglelerre envoyer un Preston ou un Skelton pour se courber devant la Majesté de la France, ni la France envoyer un Barillon pour dicter des lois au cabinet anglais. — Désormais les relations entre les deux Etats devaient avoir lieu sur un pied de parfaite égalité.
Guillaume jugea nécessaire que le ministre qui allait le représenter à la Cour de France fût un personnage jouissant de la plus haute considération et dans lequel
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on pût placer une cnlière confiance. Ce fut Portland, qu'il cltoisit pour cetle importante et délicate mission, et ce choix l'ut éminemment judicieux. Portland, dans les négociations de l'année précédente, avait montré plus d'habileté que toute cette foule de formalistes qui avaient échangé des notes diplomatiques et rédigé des protocoles à Ryswick. Des choses tenues secrètes pour les plénipotentiaires qui avaient signé le traité lui étaient bien connues. Il j)0ssédaitla clef de toute la politique étrangère de l'Angleterre et de la Hollande. Sa fidélité et son zèle étaient au-dessus de tout éloge. C'étaient là de fortes recommandations. Beaucoup de personnes pourtant trouvaient étrange que Guillaume consentît à se séparer si longtenqis d'un compagnon avec lequel il avait vécu, pendant un quart de siècle, dans des termes de confiance et d'affection. La vérité, la voici : la confiance était encore ce qu'elle avait longtemps été, mais l'affection , bien qu'elle ne fût pas éteinte , bien qu'elle ne fût même pas refroidie, était devenue pour les deux parties une cause de gène. Jusqu'à une date très-récente, le petit noyau d'amis personnels qui avaient suivi Ciuillaume de son pays natal dans le lien de son splendide (^xil était resté étroitement uni. L'aversion que la nation anglaise éprouvait pour eux les avait vivement affligés, mais ils n'avaient eu à souffrir d'aucune querelle entre eux. Zulestein et Auvcrquerque avaient, sans murmure, cédé à Portland la première |)lace dans la faveur royale ; de son côté, Portland n'avait pas envié à Zulestein et à Auverquer- (pie les preuves très-solides (>t très-signalées de la bienveillance d(> liMir maître. Mais un rival {tlus jeune avait