‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 42 sur 147 · CHAPITRE I. ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. ill

semblant de cour et de conseil, un grand Sceau et un Sceau privé, des décorations de la Jarretière et des colliers d'ordre, des baguettes blanches et des clefs d'or de chambellans. En regard du plaisir que les attentions marquées des princes et des grands seigneurs de la cour de France causaient à Portland, il fallait mettre la mortification qu'il éprouvait en voyant Middleton passer à côlé de lui avec l'air affairé d'un véritable secrétaire d'État. — Mais c'était avec plus d'émotion encore que l'ambassadeur rencontrait sur les terrasses et dans les antichambres de Versailles des hommes qui avaient trempé dans les complots dirigés contre la vie de son maître. Il exprima hautement et avec une certaine véhémence son indignation. « J'espère, disait-il, qu'il n'y a point là de préméditation, et que ce n'est pas à dessein qu'on jelte ces misérables sur mon chemin. Lorsqu'ils passent près de moi, tout mon sang reflue dans mes veines. » Ces paroles furent rapportées à Louis. Le roi envoya Boufflers pour l'apaiser, et Boufflers profita de l'occasion pour dire quelques mots à ce sujet comme de lui-même. Portland devina aisément que causer avec Boufflers c'était en réalité causer avec Louis, et il saisit avec empressement cette circonstance pour représenter l'utilité, la nécessité absolue d'éloigner Jacques à une plus grande distance des côtes d'Angleterre. « Monsieur le maréchal, lui dit-il, il n'entrait pas dans notre pensée, lorsque nous discutâmes les conditions de la paix dans le Brabant, qu'un palais dans la banlieue de Paris continuerait à servir d'asile à des proscrits et à des meurtriers. — Mais vous ne prétendrez pas, mylord, j'en suis sûr, dit Boufflers, rpie cette réflexion mit

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personnellement sans Joule mal à l'aise, que je vous aie rien répondu qui eût pu vous faire croire que le roi Jacques serait requis de (juitter la France. Vous êtes trop lionune d'honneur, vous êtes trop mon ami pour lien dire de pareil. — Il est vrai, répondit Porlland, (pie je n'ai pas insisté pour avoir devons une promesse positive ; mais souvenez-vous de ce qui s'est passé. Je proposai que le roi Jacques se retirât à Rome ou à Modène. Alors vous suggérâtes Avignon, et je consentis. — Certainement, j'ai tant d'estime pour vous qu'il me serait très-pénible de rien faire qui pût vous causer de la peine, mais les intérêts de mon maître me sont plus chers que tons les amis que j'ai dans le monde. Je dois raconter à Sa Majesté très-chrétienne tout ce qui s'est passe entre nous ; j'espère que quand je le lui dirai vous serez là et que vous pourrez rendre témoignage que je n'ai pas mis un seul mot de moi dans votre bouche. » Boufflers ayant argumenté et prié en vain, Yilleroy fut chargé de la même commission; maisYillerov n'obtint pas plus de succès que Boufflers. — Ouelqucs jours plus tard, l'ortland eut une longue audience particulière de Louis. Le roi déclara qu'il était résolu à tenir sa parole, à maintenir la paiv de l'Europe, à s'abstenir de tout ce qui pouvait donner un juste motif de plainte à l'Angleterre, mais ipie, comme homme d'Iiouneur, comme homme animé de sentiments dhiimaiiite, il ne pouvait refuser un asile à un roi infortune, sou cousin germain. Vortland répondit que nul ne mettait en (|uestion la bonne foi de Sa Majesté, mais (pie, tant (pie Saint-Germain serait occupé par ses hôle actuels, il serait hors du pouvoir île Sa Majesté elle

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mniio (l'empêcher que des complots fussent Iramés entre eux et les mécontents de l'autre côté du détroit de Douvres ; or, tant que ces complots se machineraient, la paix serait nécessairement en péril. En réalité, il n'y avait point là une question d'humanité. On ne demandait pas, on ne désirait pas que Jacques restât dénué de tonte ressource Bien plus, le gouvernement anglais consentait à lui allouer un revenu plus considérable que celui qu'il devait à la munificence de la France; cinquante mille livres sterling par an, auxquelles dans la rigueur de la loi il n'avait pas droit, n'attendaient pour lui être versées qu'un mot de sa bouche, s'il voulait seulement s'éloigner à une plus grande distance du pays qui, tant qu'il en serait près, ne pourrait jamais jouir du repos. Si, dans de telles circonstances, il refusait de s'éloigner, son refus était la preuve la plus convaincante qu'il n'y avait pas de sûreté à lui permettre de rester oîi il était. Le fait est que, pour résider à Saint-Germain, Jacques aimait mieux sacrifier les cinquante mille livres par an qu'on lui offrait pour résider à Avignon, ce fait prouvait suffisamment qu'il n'avait pas renoncé à l'espoir d être rétabli sur son trône par la rébellion ou par quelques moyens plus odieux encore, Louis répondit que sur ce point sa résolution était invariable. Il ne forcerait jamais son hôte et son cousin à partir. « Il y a, dit Portland, une autre affaire au sujet de laquelle je crois de mon devoir d'adresser à Votre Majesté des représentations. — Je veux parler de l'appui donné aux assassins. — Je ne connais pas d'assassins, » dit Louis. — « Sans doute, répondit l'ambassadeurj Votre 31ajesté

ne connaît pas de pareilles gens; du moins Votre Majesté ne les connaît pas pour ce qu'ils sont. Mais je puis les signaler et fournir d'amples preuves de leurs crimes. » 11 nomma alors Berwick, car le gouvernement anglais, fpii avait consenti à faire une large part à la position particulière de Berwick, tant qu il se bornait à des actes d'une hostilité ouverte et coiu'ageuse, pensait qu'il avait perdu tout droit à l'indulgence en trempant dans un complot d'assassinat. Cet homme, dit Portland, hantait constamment Versailles. — Barclay, dont le crime était plus noir encore, Barclay , le principal organisateur de la sanglante embuscade de Turnham-Grecn, avait trouvé en France non-seulement un asile, mais encore une honorable })()silion militaire. — Le moine (pii se faisait appeler tantôt llarrispn, tantôt Johnson, mais qui, quel que fût son nom véritable, Uarrison ou Johnson, avait été lun des premiers et des plus sanguinaires complices de Barclay, occupait maintenant l'agréable position de prieur d'une maison religieuse en rrance, Louis nia ou éluda toutes ces accusations. — « Je n'ai jamais, dit-il, entendu parler de voire llunson ; quant à Barclay, il a eu autrefois une compagnie, je le reconnais ; mais cette compagnie a été licenciée, et j'ignore ce qu'il est devenu. B est vrai que Berwick était à Loiulres vers la lin de 1005, mais il n'y est allé (pie dans le but de s'assurer si une descente en Angleteire était praticable, et je suis sur qu'il n'a participé à aucun dessein cruel et déshonorant. » La vérité est (pie Louis avait un puissant motif personnel pour défendre Berwick ; la culpabilité de Berwick, au sujet du complot d'assassi-

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