‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 44 sur 147 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

une question, en particulier, sur laquelle les ministres français attendaient avec impatience qu'il ouvrît la bouche, mais au sujet de laquelle il observait un silence rigoureux. Ils ne savaient guère comment interpréter ce silence; ils étaient certains d'une chose, toutefois, c'est que ce silence ne pouvait provenir de l'inditférence, et que le sujet dont Portland évitait avec tant de soin de parler n'était jamais, pendant deux heures de suite, absent de sa pensée ou de celle de son maître, lorsqu'ils étaient en élat de veille. Bien plus, il n'y avait pas dans toute la chrétienté un politique, depuis les plus grands ministres d'Etat jusqu'aux plus sots nouvellistes de cafés , qui éprouvât réellement cette indifférence qu'affectait le prudent ambassadeur d'Angleterre. Un événement très-grave, qui depuis de longues années était constamment devenu de plus en plus probable, était entin certain et proche. Charles II d'Espagne, le dernier descendant dans la hgne masculine de l'empereur Chiirles -Quint, allait bientôt mourir sans postérité. Quel serait alors l'héritier de ses nombreux royaumes, duchés, comtés, seigneuries, tous acquis de différentes manières, possédés à différents titres et soumis à différentes lois'? C'était une question sur laquelle les juristes différaient, et dont il n'était pas probable qu'onlaissàtla décision aux juristes, alors même qu'ils seraient unanimes dans leur avis. Au nombre des prétendants se trouvaient les souverains les plus puissants du continent ; il y avait peu do chance qu'ils se soumissent à un autre arbitrage que celui de la force, et, s'ils en appelaient à la force, on ne pouvait espérer que d'autres potentats (|ui n'avaient

aucune prétention à une partie quelconque de l'héritage disputé restassent longtemps neutres; car il n'y avait en Europe aucun gouvernement qui ne sentit que sa prospérité, sa dignité et sa sécurité dépendaient de l'issue de la lutte.

U est vrai que l'empire, qui, dans le siècle précédent, avait menacé à la fois la France et l'Angleterre de les réduire sous le joug, n'avait guère, dans les derniers temps, obtenu plus d'importance en Europe que le duché de Savoie ou l'électorat de Brandebourg. Mais il ne s'ensuivait pas que le sort de cet empire fût pour le reste du monde une chose indiftérente. La faiblesse, l'engourdissement, la paralysie de ce corps autrefois si formidable, ne pouvaient être imputés à l'absence d'aucun des éléments naturels de la puissance. Les Etats du roi catholique étaient supérieurs en étendue et en population à ceux de Louis et de Guillaume réunis. L'Espagne seule, sans une seule dépendance, aurait du être un royaume de premier ordre, et l'Espagne n'était que le noyau de la monarchie espagnole. Les provinces (\ne cette monarchie possédait dans le reste de l'Europe eussent suffi pour faire trois Etats respectables de second ordre. On aurait pu former un de ces Etals dans les Pays-Bas : il eût présenté une vaste étendue de champs de blé, de vergers et de prairies entrecoupées de rivières navigables et de canaux. A de courts intervalles , dans cette région couverte d'une nombreuse popidation, et cultivée avec soin, s'élevaient de majestueuses vieilles cités, entourées de fortifications redoutables, décorées d'églises sonqUueuses et de riches palais municipaux, des cités renommées, soit

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