‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 48 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

trois occupaient le premier rang : le Dauphin, i"em])ereur LéopolJ et rélecteur de Bavière.

S'il se fût agi d'une simple question de généalogie, les droits du Dauphin eussent été incontestahles. Louis XIV avait épousé l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de Pliihppe IV et soiur de Charles II. Son fils aîné, le Dauphin, aurait donc été, d'après le cours réaulicr des choses, le successeur du frère de la reine de France. Mais, à l'époque de son mariage, Marie-Thérèse avait renoncé, pour elle et pour sa postérité, à toute prétention cà la couronne d'Espagne. Son époux avait consenti à cette renonciation, qui avait été une des clauses du traité des Pyrénées ; le pape avait été prié de donner sa sanction apostolique à un arrangement si important pour la paix de l'Europe, et Louis avait juré par tout ce (\m peut lier un gentilhomme, un roi et un chrétien : par son homieur, par sa parole de roi, par les canons de la messe, par les saints Evangiles, par la croix du Christ, qu'il regardait celte renonciation comme sacrée '.

Les droits de l'empereur d'Allemagne lui venaient de sa nwA'e Marie-Anne, fille de Philippe lll et tante de Charles 11. Ces droits ne pouvaient, par conséquent, si Ion considérait uniquement les hens du sang, entrer

* Il vaut la peine de transcrire les termes de l'engagement que Louis, prince chevaleresque cl dévot, viola sans le moindre scrupulo : «Nous, Louis, par la grâce de Itieu, roi Irùs-clirclien de France et de Navarre, promettons sur noire honneur, en loi et parole de roi, jurons sur la croix, les saints Évangiles cl canons de la Messe, que nous avons touchés, que nous oliserverons et accomplirons, entièrement de bonne foi, tous et chacun des points et articles contenus au traité de paix, renonciation et amitié. »

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en compclition avec ceux du Dau|)hiii ; mais aucun acte (le renonciation n'annulait ces droits ; les prétentions des deux grandes maisons rivales de Bourbon et d Ilapsbourg fournissaient à l'Europe un sujet inépuisable de discussions ; les arguments plausibles ne manquaient pas aux adhérents des deux partis. Les partisans delà maison d Autriche insi^^taient sur la sainteté des traités ; ceux de la France, sur la sainteté des droits de naissance. Comment, se demandait-on d'un côté, un roi chrétien peut -il avoir l'eirronterie, l'impiété d'insister sur un droit auquel il a si solennellement renoncé à la face du ciel et de la terre? Comment, se demandait-on de l'antre côté, les lois fondamentales d'une monarchie peuvent-elles èlre anmdées par une autre autorité que celle de la législature suprême? Le seul corps {lolilique qui eut le pouvoir de retirer aux enfants deMarie-Tliérése leurs droits héréditaires était celui des corlès. Or les cortès n'avaient pas ratifié la renonciation ; donc celte renonciation était nulle, et aucun serment, aucune signature, aucune apposition de sceaux ne pouvait transformer une nullité en réalité.

Il serait peut-être difficile de décider le(iuel de ces deux puissants compétiteurs avait le bon droit pour lui, mais ce dont on ne peut douter, c'est (|ue ni l'un ni l'autre ne pouvaient l'emiiorler sans une lutte qui ébranlerait le monde entier. Nous ne |)ouvons non plus avec justice blâmer l'un d'avoir refusé de céder à l'autre, car en cette occasion le principal motif qui les faisait agir n'élait pas l'avidilé, mais bien la crainte de la décadence et de la mine. Louis, résolu à loiil liasar-

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(1er plutôt que de soufCiir que la maison d'Aulriclic doublât sa puissance, et Léopold, également déterminé à tout hasarder aussi pour empêcher l'accroissement (hi pouvoir des Bourbons, obéissaient simplement à la loi de conservation. Il n'y avait donc qu'un moyen, un seul moven de conjurer l'orage qui semblait menacer l'Europe. Elait-il possible de mettre fin à la contestalion par un compromis? Ne pouvait-on pas persuader aux deux grands rivaux de faire à un troisième les concessions qu'on ne pouvait raisonnablement espérer qu'il se feraient l'un à l'autre?

Ce troisième prétendant, vers lequel se tournaient toutes les espérances de ceux qui désiraient ardemment la paix de la chrétienté, était un enfant en bas âge, Joseph, fils de l'électeur de Bavière. Sa mère, Marie-Autoinelte, était l'unique enfant de l'empereur Léopold par sa première femme, 3!arguerite, sœur cadette de la femme de Louis XIV. Par conséquent, le prince Joseph était plus rapproché du trône d Espagne que son grand -père renq)ereur ou qu'aucun des fils (jue l'empereur avait eus de sa première femme. L'infante Marguerite avait, il est vrai, à l'époque de son mariage, rtjnoncé à ses droits et à la couronne de ses ancêtres; mais plusieurs formalités, observées dans la renonciation de sa sœur, avaient été omises dans la sienne ; d'ailleurs cette renonciation pouvait être considérée comme annulée par le testament de Philippe IV, qui avait déclaré qu'à défaut d'enfants mâles Marguerite et sa postérité hériteraient de la couronne. Les partisans de la Franco prétendaient que les droits de l'électeur étaient supérieurs à ceux de l'empereur, et

les partisans de l'Aulriclie soutenaient que les ilroils (le l'électeur étaient supérieurs à ceux de la France. Mais ce qui constituait récllemenl la force du prince de Bavière, c'était la faiblesse du gouvernement bavarois. Le prince électoral était le seul candidat dont le succès ne devait alarmer personne ; le seul qui ne meUrait aucun gouvernement dans la nécessité de lever un nouveau régiment, d'équiper une nouvelle frégate, d'ajouter un baril de poudre à ses provisions de guerre. Il était donc le candidat favori des hommes prudents et paisibles de tous les pays.

Ainsi l'Europe entière était divisée en trois grandes factions : la faction française, la faction autrichienne et la faction bavaroise. Chaque jour des discussions s'élevaient entre ces trois partis dans tous les lieux de réunion, de Stockholm à Walte et de Lisbonne à Smyrne. Mais le conflit le plus terrible et le plus obstiné était celui qui se livrait dans le palais du roi catholique. Beaucoup dépendait de lui ; car, bien qu'il ne fût pas admis qu'il pût, par sa seule autorité, altérer la loi qui réglait la succession au trône, cej)endant, dans un cas douteux, il était probable (jue ses sujets seraient disposés à accepter l'interprétation (ju'il donnerait à la loi, et à soutenir le prétendant qu'il désignerait comme son héritier légitime, soit par une adoption solennelle, soit par son testament. Le prince régnant avait aussi le pouvoir de confier les charges les plus importantes de son royaume, le gouvernement de toutes les provinces (pii dé|)endaieiit de lui dans l'ancien et le nouveau monde, les clefs de ses arsenaux et de ses forteresses à des personnes dévouées à la famille (pi'il était disposé

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