CHAPITRE I
à favoriser. Il était difficilo do dire quelle influence la conduite des officiers qui, à l'époque de sa mort, commanderaient les garnisons do Barcelone, de Mons et de Namur pourrait exercer sur le sort de nations entières.
Le prince sur lequel reposaient des intérêts si graves était le plus misérable des hommes. Dans l'antiquité on l'eût exposé dès sa naissance, et c'eut été un bienfait pour lui. Il était venu au monde infirme de corps et d'esprit; ce n'était que grâce aux soins les plus minutieux que son étincelle de vie avait été transformée en une pâle et vacillante flamme. Son enfance, à l'exception des instants de sommeil maladif qu'on pouvait lui procurer en le berçant, n'avait été qu'im long et piteux gémissement jusqu'à l'âge de dix ans; sa vie s'était écoulée sur les genoux des femmes, et on ne lui avait pas permis une seule fois de se tenir sur ses jambes rachitiques. Aucun de ces petits vagabonds basanés, vêtus de haillons dérobés aux mannequins dressés pour effrayer les oiseaux, et que Murillo aimait à peindre mendiant ou se roulant dans le sable, ne devait moins à l'éducation que ce maître despotique de trente millions de sujets. Il ignorait les événements les plus importants de l'histoire de son propre royaume, les noms mêmes des provinces et des villes qui se trouvaient au nombre de ses possessions les plus précieuses. On peut douter qu il sût que la Sicile était une lie, que Christophe Colomb avait découvert l'Amérique et que les Anglais n'étaient pas mahométans. Dans sa jeunesse, cependant, quoique dépourvu d'aptitude pour l'étude et pour les affaires, il n'était pas insensible à certains
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anuisemenls. 11 chassait au faucon, courait le cerf et jouissait en véritable Espagnol de deux spectacles délicieux : un clieval éventré par un taureau et un juif se tordant dans les flammes d'un aulo-da-fé. Enfin arriva le moment où s'éveille ordinairement le plus puissant des instincts. On espéra que le cœur du jeune roi s'ouvrirait aux séductions féminines et qu'il laisserait im prince des Asturics pour lui succéder. On lui trouva dans la famille royale de France une compagne, dont la grâce et la beauté lui procurèrent de languissantes distractions. Il aimait à la parer de bijoux, à la voir danser, à l'entretenir de ses chiens et de ses faucons. Mais le bruit se répandit bientôt qu'elle n'était épouse que de nom. Elle mourut, et sa place fut remplie par une princesse allemande, alliée de près à la famille impériale. Le second mariage fut stérile comme le premier, et longtemps avant que le roi eut atteint l'âge mûr, tous les politiques de l'Europe avaient connncncc à admettre dans leurs calcids qu'il serait le dernier descendant de Charles-Quint de la ligne masculine. Cependant une sombre mélancolie s'enq)arait de son esprit. Les distractions qui avaient été l'occupation sérieuse de sa jeunesse lui devinrent fastidieuses. 11 cessa de prendre plaisir à la chasse, au fandango et aux combats de taureaux ; tantôt il s'isolait de ses courtisans et s'enfermait dans un appaitement intérieur, tantôt il errait seul du lever au coucher du soleil dans le désert aride (pii environne l Escurial. Les heures <ju il ne jiassait pas dans celle insouciante iiulolcnce étaient i)arl;v gées entre des amusements et des dévotions puérils. Les animaux rares, et surtout les nains, faisaient ses