‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 51 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Sa Majesté Ïrès-Chréticiuie, que si elle était annexée à la couronne de France. L'affection très-louable des jU'inces français pour leur pays et leur l'aniille, et leur [)rofond respect pour le grand monarque dont ils descendaient, régleraient inévitablement leur politique. Les deux royaumes n'en feraient qu'un, les deux nrarines n'en formeraient qu'une, et toutes les autres nations seraient réduites à un état de vasselage. L'Angleterre aimerait mieux voir la monarchie espagnole ajoutée aux États de lempereur que gouvernée par un petit-tils de Louis qui, quoique indépendant de nom, serait en réalité un vice-roi de la France. D'ailleurs il n'y avait aucun danger que l'Espagne fût ajoutée aux Etats de l'empereur. Ce monaniue et son iils aîné, l'archiduc Joseph, seraient sans aucun doute aussi disposés à abandonner leurs droits que le Dauphin et le duc de Bourgogne, et ainsi le droit de l'Autriche à l'héritage disputé passerait à l'archiduc Charles. Une longue discussion s'ensuivit. A la fin, Portland avoua clairement, quoique toujours comme opinion personnelle, ce qui était l'opinion de tout honmie intelligent et désireux de voir la paix de l'Europe maintenue. « La France, dit-il, craint tout ce qui peut augmenter le pouvoir de l'empereur ; toute l'Europe redoute tout ce qui peut augmenter la puissance de la France. Pourquoi ne pas mettre fin tout d'un coup à ces diflîcultés, en convenant de placer le prince électoral de Bavière sur le trône d'Espagne? » Celte suggestion resta sans réponse positive. La conférence se termina, et un courrier partit pour informer Guillaume de ce qui s'était passé et réclamer de nouvelles instructions. Guillaume, qui était, comme il l'avait toujours été, IV. 12

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son propre secrétaire des alîaircs étrangères, ne jugea pas nécessaire de discuter le contenu de cette dépêche avec aucun des ministres anglais. La seule persoinie (pi'il consulta fut llcinsius. Portland reçut une lettre amicale ; le roi aj)prouvait sans réserve tout ce qu'il avait dit dans la coniérencc, et le chargeait de déclarer (|uc le gouvernement anglais désirait sincèrement conjurer les calamités qui trop probablement devaient suivre la mort du roi d'Espagne ; il serait par conséquent disposé à prendre en sérieuse considération tout plan défini que Sa Majesté Très- Chrétienne trouverait bon de suggérer. « Je vous avouerai, écrivait Guillaume à sou au)i, (jue je suis peu disposé à recommencer la guerre pendant le peu de temps qui me reste à vivre, que je ne négligerai rien de ce que je puis faire honnêtement et avec une conscience tranquille, dans le but de maintenir la paix. »

Le message de Guillaume fut transmis à Louis dans une audience privée. Quelques jours après, ronq)oinie et Torcy furent autorisés à proposer un plan ; ils admirent jdeinement que tous les Ltats voisins avaient le droit d'exiger les plus fortes garanties contre l'union des couronnes de France et d'Espagne. Ces garanties leur seraient donc accordées. On pourrait inviter le gouvernement espagnol à choisir entre le duc d'Anjou et le duc de lîerry. Le jeune prince cpii était désigné aurait tout au plus quinze ans, el il n'était pas à supposer qu'aucun préjugé national fût bien profondément enraciné chez lui. On l'enverrait à Madrid sans une cour française; il serait élevé par des Espagnols et deviendrait Espagnol lui-même. Il était absurde de penser (pie,

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dans CCS conditions, ce prince ne serait qn'nn simple vice-roi de la France. On avait plusieurs fois témoigné la crainte qu'un Bourbon assis sur le trône d'Espagne ne cédât ses provinces dans les Pays-Bas au chef de sa famille. On ne pouvait nier qu'il ne fût important pour l'Angleterre, plus important encore pour la Hollande, que ces provinces ne fussent pas réunies à la monarchie française. Tout danger pouvait être délourné en les cédant à l'électeur de Bavière, qui les gouvernait comme représentant du roi catholique. Le Dau[)hin serait parfaitement disposé à y renoncer pour lui et pour tous ses descendants. Quant à ce qui concernait le commerce, l'Angleterre et la Hollande n'avaient qu'à dire ce cju'cUes désiraient : on ferait tout ce qui serait raisonnable et possible pour les satisfaire.

Comme ce plan était au fond le même qui avait été suggéré par les ministres français dans la conférence précédente, Portland ne fit guère que répéter ce qu'il avait déjà dit. Quant au nouveau projet concernant les Pays-Bas, il posa habilement un dilemme qui réduisit Pomponne et Torcy au silence.

Si les renonciations étaient de quelque valeur, le Dauphin et sa postérité étaient exclus de la succession au trône d'Espagne ; si elles étaient sans valeur, il était inutile de proposer à l'Angleterre et à la Hollande une renonciation comme garantie contre un grand danger.

Les ministres français se retirèrent pour faire leur rapport à leur maître, et revinrent bientôt dire que leurs propositions n'avaient été que l'expression d'une pensée première ; cpie c'était maintenant au tour de (luillaume de proposer quelque chose, et que l'on prcn-

tirait en sérieuse cotisidération tout ce qui lui [ilairait (le suggérer.

La scène des négociations fut alors transportée de Versailles à Kensington. Le comte de Tallart venait de partir pour l'Arigleterre comme ambassadeur. C'était un parfait gentilhomme, un biave soldat, et il avait encore la réputation d'un habile général. Pour les grâces et les talents, qui étaient considérés alors comme des attributs indispensables dans les missions diplomatiques de premier ordie, il n'avait parmi cette biillante aristocratie à laquelle il appartenait aucun supérieur; il n'avait qu'un égal, le marquis d'IIarcourt, auquel étaient ronfles les intérêts de la maison de Bourbon à Madrid.

Tallart emportait des instructions soigneusement élaborées au cabinet des alfaires étrangères. On lui rappela que sa position serait entièrement différente de celle de ses prédécesseurs qui avaient résidé en Angleterre avant la Révolution. Cependant ses prédécesseurs eux-mêmes s'étaient fait un devoir d'éludierle caractère, non-seulement de la cour, mais aussi de la nation. Il serait plus que jamais nécessaire d'observer les variations de l'esprit public. Un homme important ne devait pas être dédaigné uniquement parce qu'il était sans place. Un tel homme, avec un nom illustre dans le pays et un parti puissant au Parlement, pouvait exercer aulanl d iniluencc sur la politicpie de l'Angleterre, et par conséquent de l'Europe, (pi'aucun juinislre. L'and)nssadeur devait donc s'efforcer d'entretenir de bons rap- |)orts aussi bien avec les hommes hors du pouvoir (|u'avec ceux (pii l'exerçaient. Il était cepeudaiit à cette lèglc une e\cej)lion (pi'il devait avoir toujours pré-

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sente à l'esprit. Il ne devait paraître enlretenir aucune relation avec les hommes qui n'avaient pas prêté serment au gouvernement existant, ou qui pouvaient être sou[»çonnés de comploter contre lui. Ces hommes là- ne devaient pas être admis à l'ambassade. Le peuple anglais désirait évidemment le repos et avait donné la meilleure preuve de ses dispositions pacifiques, en insistant sur la réduction de l'armée. Le plus sûr moyen de réveiller les jalousies et les animosités qui commençaient à s'endormir, serait de faire de l'ambassade française le quartier général du parti jacobite. Tallart ferait bien de dire et de faire dire par ses agents, toutes les fois qu'une occasion favoiable s'en présenterait el principalement dans les réunions où pourraient se trouver des membres du Parlement, que le roi Très- Chrétien n'avait jamais été ennemi des libertés de l'Angleterre. Sa Majesté avait, il est vrai, espéré qu'elle pourrait peut-être rétablir son cousin, mais non pas sans le consentement de la nation. La première minute des instructions contenait un curieux paragraphe, qu après réflexion on s'était décidé à omettre. L'ambassadeur était chargé de chercher l'occasion de prémunir les Anglais contre les dangers d'une armée permanente, comme étant la seule chose qui put réellement être fatale à leurs lois et à leurs libertés. Ce paragraphe fut supprimé, sans doute parce (jue Pomponne et Torcy réfléchirent que, quelque disposés que les Anglais pussent être à approuver ce langage dans la boucbe d un démagogue de leur propre nation, ils pourraient l'accueillir tout différemment de la part d'un diplomate fiançais; ils pourraient penser même que le désir que

t/Miioignaient Louis et ses émissaires de les voir désarmer, élait pour eux la meilleure raison d'augmenter leurs forces.

Tallart reçut Tinslruction de gagner, s'il était possible, quelques membres de la Chambre des communes. Tout, lui dit-on, était maintenant soumis à l'examen de cette assemblée : les comptes des revenus et de la dépense publique, ceux de l'armée, de la marine, étaient régulièrement déposés sur le bureau. Il ne serait pas difficile de trouver des personnes disposées à fournir à la légation française des informations détaillées sur tous ces sujets.

La question de la i^uccession d'Espagne devait être soumise à Guillaume dans une audience particulière. Tallart fut mis au courant de tout ce qui s'était passe dans les conférences que les ministres français avaient eues avec Porlland, et on lui fournit tous les arguments que la subtilité des publieistes pouvait imaginer en faveur des droits du Dauphin.

L'ambassade française déploya en Angleterre autant de magnificence (pie rand)assadc anglaise en avait déployé à Paris. L'hùtel du duc d Ormond, un des plus beaux hôtels de Sainl-James-Square, fut choisi pour Tallart. Le jour de son entrée publique, toutes les rues de Towcr-llill à Pall-Mall étaient encombrées de curieux qui admiraient les peintures et les dorures des carrosses de Son Excellence, la beauté iiiconqiarable de ses chevaux et le nombie de ses coureurs couverts de somptueuses livrées éearlates, tontes chamarrées d'or. Lambassadeur fut reçu gracieusement à Kensinglcin et invité à aeconqnignei- (iuillamne à Mcwn.iukcl, où les

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