CHAPITRE I
ment plus riche qu'il n'était venu. Mais les cou: ses uo constituaient qu'un des nombreux amu.>emetits de celte saison de réjouissances. Les belles matinées étaient consacrées k courre le cerf; pour ceux qui préféraient la chasse à l'oiseau, on avnit fait venir de Hollande des faucons d'élite. Les jours de pluie, l'arène qui servait aux combats de coqs était entourée d'une galerie de spectateurs chamarrés de décorations et de cordons Itleus. Tous les dimanches, Guillaume se rendait à l'église en grand appareil, et les théologiens les plus éminents de l'université de Cambridge prêchaient devant lui. Sa Majesté ne laissait échapper aucune occasion de témoigner à Tallart les égards les plus courtois. L'ambassadeur écrivit à sa cour que sa place à table était à côté du fauteuil royal, et que Guillaume avait bu trèsgracieusement à sa santé.
Pendant tout ce temps, la question espagnole était le sujet de discussions constantes et animées tant à Kensington qu'à Newmarket. Il serait fastidieux de retracer toutes les phases de la négociation ; mais on peut facilement décriie la marche générale qu'elle suivit. Le but du roi d'Angleterre était de placer le prince électoral de Bavière. sur le trône d'Espagne. Rien ne semblait plus difficile que d'obtenir le consentement de Louis à un pareil arrangement ; mais Guillaume déploya une rxire habileté. Quoiqu'il avouât franchement qu'il préférait le prince électoral à fout autre candidat, il professait un désir sincère d'accéder autant que cela serait compatible avec son honneur et sa sécurité, aux désirs du roi de France. Il était des conditions moyennant lesquelles l'Angleterre et la Hollande pourraient peut-être
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consentir, quoique avec répugnance, à ce qu'un fils du Dauphin s'assît sur lo trône d'Espagne, et devînt maître des trésors du Nouveau-Monde. Ces conditions étaient que le Milanais et les deux Siciles appartiendraient à l'arcliiduc Cliarlts, que l'électeur de Bavière aurait les Pays-Bas espagnols, que Louis abandonnerait quelques places fortes en Artois, dans le but de fortifier la bar" rière qui protégeait les Provinces-Unies, et que quelques places importantes, tant dans la Méditerranée que dans le golfe du Mexique, seraient cédées aux Anglais et aux Hollandais pour la sécurité du commerce. Minorque et la Havane étaient indiquées comme pouvant satisfaire l'Angleterre.
Louis se récria vivement contre ces conditions. Il n'était pas une personne, disait-il, qui, sachant avec quelle jalousie ombrageuse les Espagnols surveillaient tout empiétement sur leur empire colonial, voudrait croire qu'ils consentiraient jamais à abandoimer une portion quelconque de cet enqiire, soit à l'Angleterre, soit à la Hollande. Quant à la demande (jui lui était faite, elle était absolument inadmissible ; une barrière n'était pas moins nécessaire à la France qu'à la Hollande, et il ne se déciderait jamais, même dans le but d'acheter un autre royaume pour son petit-fils, à briser la chaîne de fer que ses forteresses formaient sur la frontière, et qui constituaient la défense de son propre royaume. Louis demandait ({u'on ne revint pas sur ce sujet; c'était une proposition qu'il ne voulait pas discuter, (|u'il ne voulait pas même entendre.
Cependant, connue (iuilhunue maintenait résolument que les conditions (pi'il .ivail oliVrles, quelque dures
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(]ii'olk's pussent paiallre, étaient les seules moyennant lesquelles l'Angleterre et la Hollande pouvaient consentir à ce qu'un Bour])on régnât à Madrid, Louis coniniença à examiner sérieusement si, tout considéré, il ne serait pas plus avantageux pour lui et pour sa famille de vendre cher la couronne d'Es])agne que de l'acheter cher lui-même. Il offrit en conséquence de retirer son opposition à la candidature du prince électoral, pourvu f qu'une portion de l'héritage disputé lui fût assignée en 1 coiisidéralion de son désintéressement et de sa modéra- ! tion. Guillaume était parfaitement disposé à traiter sur ces hases. Les premières demandes de Louis furent exorbitantes, comme on pouvait le prévoir. Il réclamait le royaume de Navarre, qui l'aurait rendu à peu près maître île la Péninsule ibérique, et le duché de Luxembourg, qui l'aurait rendu plus redoulable (jue jamais aux Provinces-Unies. Sur ces deux points, il renconira une constante résistance. L'impression. que, pendant toutes ces transactions, la fermeté et la bonne foi de Guillaume firent sur Tallart est remarquable. Au premier abord, l'habile et clairvoyant diplomate français était plein de méhancc. 11 s'imaginait que chaque phrase renfermait un snbtcifuge, chaque offre un piège. Mais au bout de quelque temps il commença à s'apercevoir qu'il avait affaire à un homme beaucoup trop sage pour être dissimulé. « Le roi d'Angleterre, écrivait-il (et il est impossible de douter qu'il n'écrivît ce qu'il pensait), est de bonne foi dans tout ce qu'il fait, son procédé est droit et sincère '. » Il écrivait encore quelques
' « 11 est de bonne foi dans tout ce qu'il lait. Son proc'dc est droit et sincère. » Tallarl à l.oiii<, 3 juillet 1008.
Mi REGNE DE GUILLAUME III.
jours après : « Le rdi d'Angleterre, Sire, va très-sincèrement jusqu'à présent ; et j'ose dire que s'il entre une l'ois en traité avec Voire Majesté, il le tiendra de bonne foi. » Mais, dans la même lettre, l'ambassadeur crui nécessaire de donner à entendre à son maître que les chicanes diplomatiques, (jui pouvaient cire utiles dans d'autres négociations , seraient entièrement perdues
dans celle-ci : « Si je l'ose dire à Votre Majesté, il
est très-pénétrant et a l'esprit juste. Il s'apercevra bientôt qu'on barguigne si les choses traînent trop do long ^ »
Pendant quelque temps, des projets et des contreprojets conlinuèrent à s'échanger cnlre Kensinglon et Versailles. On se fit quelques concessions de part et d'autre. Lorsque arriva la fin de la session du Parlement, il semblait y avoir des chances réelles d'un arrangement. Mais alors la scène des négociations changea encore une fois ; elle avait été transportée de France en Angleterre, et elle fut Iransporlée d'Angleterre en Hollande. Aussitôt que Guillaume eut proroge les Chambres, il devint imj)alient de retourner dans son pays natal. 11 éprouvait toute la joie d'un écolier qui quitte des maîtres sévères et des camarades querelleurs pour passer les congés de Noël dans sa famille. Ce visage froid et composé, resté impassible dans la victoire de la IWyne connne dans la déroule de Landen,
' «Le roi 'l'Aiip:lolei'ro, lui, va Irî's-siiicôremenl jusqu'à prôsciil, cl j'ose (lire que, s'il inlrc une fois en liMilt- avec Voire SKijeslé, il le tiendra de bonne foi... Si je l'ose dire à Voire Majesté, il est très-j)cnéUanl et a rc>itrit jusle. Il s'apercevra Itienlôl qu'on l)arguin:ne si les choses (rainent trop de long. » (8 juillet.)
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el dont les diplomates les plus clairvoyants s'étaient efforcés en vain de lire les secrets, avait maintenant une expression qui n'élait que trop intelligible. Les Anglais n'étaient pas médiocrement offensés de voir leur roi si heureux. Jusqu'alors ses visites annuelles sur le continent avaient été non-seulement excusées, mais approuvées ; il était nécessaire qu'il fût à la tête de son aimée ; s'il avait quitté ses sujets, c'était afin de risquer sa vie pour leur indépendance, leur liberté et leur religion. Mais ils avaient espéré que lorsque la paix serait rétablie, lorsque aucun devoir ne l'appellerait plus au delà des mers, il résiderait généralement, pendant l'été el l'automne, dans ses beaux palais et ses parcs des bords de la Tamise, ou voyagerait de château en château, de ville en ville, faisant connaissance avec tous les comtés de son royaume et donnant sa main à baiser à une foule de gentillàlres, de prêtres de paroisse, d'aldermen, qui n'avaient guère la chance de le voir, à moins qu'il ne vînt parmi eux. Mais Guillaume ne cachait pas qu'il était dégoûté des nobles résidences qui lui venaient des anciens souverains, qu'il était même fatigué de ces somptueuses demeures que la libéralité du Parlement lui avait permis de bâtir et d'orner suivant ses goûls ; qu'il élait las de AVindsor, de Richmond, de liampton ; qu'il ne se promettait aucun plaisir d'un vovage à travers ces comtés florissants et populeux qu'il n'avait jamais vus : Yorkshire et Norfolk, Cheshire, Shropshire AVorcestershire. « Tant qu'il est forcé de demeurer parmi nous, disait-on, il est fatigué de nous, soupire pour son pays natal et compte les heures jusqu'à la prorogation du Parlement. Aussitôt que l'adoption du der- IV 1.3
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nier bill de subsides lui ;i rendu sa liberté, il tourne le dos à ses sujels anglais, pour relourner en toute hâte à son château de Gueldre, oîi, pendant quelques mois, il sera délivré de l'ennui de voir des visages anglais, d'entendre des mots anglais. On ne l'arrachera qu'à grand'peine à sa résidence favorite, quand il deviendra absolument nécessaire qu'il demande de nouveau de l'argent aux Anglais. »
Tels étaient les murmures de ses sujets ; mais, en dépit de ces murmures, Guillaume partit très-joyeux. 11 avait été décidé que Tallart le suivrait promptement, et (|ue la discussion qu'il avait entamée à Kensington serait reprise à Loo.
Heinsius, dont la coopération était indispensable, s'y trouverait, et Portland prêterait aussi son assistance. Il était de retour ; il avait toujours considéré sa mission comme une mission extraordinaire , ayant pour but d'établir les relations des deux grandes puissances occidentales sur un pied convenable, après une longue série d'années durant lesquelles l'Angleterre avait été quelquefois l'ennemie de la France, mais jamais franchement son amie, l'ortland avait bien remi)li sa tâche, et il revenait laissant derrière lui la réputation d'un excellent ministre, ferme, quoique prudent quant au fond, digne en même temps que conciliant dans ses manières. Sa dernière audience à Versailles avait été d'une longueiu' inaccoutumée, et aucun tiers n'y avait assisté. Rien ne pouvait être plus gracieux que le langage et les atlenlions de Louis; il eut la condescendance de tracer nue route i)our laudjassade, cl insista |ti>ur que Portland fil \u\ détour, dans le but d'inspec-