‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 54 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ici' quelques-unes des superbes forteresses de la Flandre française. Dans chacune de ces forteresses, les fïouverneurs et les ingénieurs avaient ordre de témoigner les plus grands égards à l'illustre étranger. Des salves d'artillerie saluèrent son arrivée partout où il passa; partout une garde d'honneur l'accompagnait. Il s'arrêta trois jours à Chantilly, et y fut reçu par le prince (le Condé avec tout le goût et toute la magnificence qui avaient rendu cette résidence si célèbre. On chassait le sanglier le matin, et le soir on donnait des concerts. Un sarde-chasse était assigné à chacun des membres de la légation. Les hôtes anglais qui, dans leur propre pays, étaient accoutumés à laisser, dans tous les chàleaux qu'ils visitaient, des sommes extravagantes aux domestiques, apprirent avec admiration qu'il était expressément défendu aux gens de Son Altesse de recevoir aucun présent. Par un raffinement de politesse, du cidre, provenant des vergers qui entourent Malvern- Ihlls, fit son apparition sur cette table luxueuse, auprès du Champagne et du bourgogne.

Portland fut accueilli par son maître avec toute l'affection des anciens jours ; mais que lui faisait cette affection, quand Albemarle continuait à faire partie de la maison du roi, et paraissait avoir fait pendant les derniers mois des progrès dans sa faveur? Portland était d'autant plus mécontent, qu'il ne pouvait se dissimuler que ses ennemis jouissaient de sa colère, et que ses amis même la trouvaient généralement déraisonnable. Il ne prenait d'ailleurs aucune peine pour cacher son mécontentement, mais il ne ressemblait pas à la foule vulgaire des courtisans qui flattent leur

maître en le trahissant: Porlland ne dissimulait pas sa mauvaise humeur, mais il ne s'en acquittait pas moins bien de ses devoirs ; ses réponses au roi étaient hrèves, ses regards boudeurs, mais ses services toujours actifs ot fidèles. Son phis grand désir, disait-il, était de se retirer complètement de la vie publique, mais il comprenait qu'ayant pris une part importante à la négociation dont dépendait le sort de l'Europe, il pouvait être utile à Loo, et, le front sombre, le cœur triste, mais avec un dévouement que rien ne pouvait ébranler, il se disposa à accompagner Guillaume.

Avant de partir, le roi délégua son pouvoir à neul' Lords-Juges ; le public fut satisfait de voir que Sunderland n'en faisait pas partie. Deux nouveaux noms figuraient sur la liste : celui de Montagne ne pouvait exciter aucune surprise, mais celui de Marlborough éveilla une foule de souvenirs, et donna lieu à de nombreuses hypothèses, 11 avait joui autrefois d'une grande ]>art dans la faveur royale, puis il avait été renvoyé, disgracié , mis à la Tour, La princesse Anne ayant refusé de congédier sa femme, avait été obligée de (piitter le palais, et piivée des honneurs dont avaient joui souvent des personnes moins rapprochées qu'elle du Irùne. Des ministres auxquels on supposait une grande influence au Conseil, s'étaient efforcés en vain do vaincre l'antipathie de leur maître pour les Churcliills. Ce n'était que quelque tenq)s après sa réconciliation avec sa belle-sœur qu'il avait cessé de considérer ses deux serviteurs favoris connue des ennemis. Pas plus tard qu'en l'an 1(')Î)0, on lui avait entendu dire : « Si j'avais été un simple gentilhomme, lord

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