‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 58 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

celte époque parla nation arec un intôrôt tout particulier, car Exeter n'était pas seulement une des villes les plus considérables et les plus florissantes du royaume ; elle était encore la capitale de la partie occidentale de l'Angleterre, très-fréquentée par un grand nombre do personnes de condition de différents comtés. Les fran- (^hises électorales y étaient populaires. ï/esprit de parti V dominait, et les contestations auxquelles ces élections donnèrent lieu sont au nombre des plus longues et des plus violentes dont il soit fait mention dans notre histoire. Seymour avait représenté Exeter au Parlement de .Jacques et aux deux premiers Parlements de Guillaume. En 1095, après une lutte de plusieurs semaines, qui avait attiré non-seulement l'attention de l'Angleterre, mais encore celle du continent, il avait été battu par deux candidats wliigs et forcé de s'adresser à un petit bourg. Mais les temps étaient changés. Pendant son absence il fut réélu à une forte majorité. On lui adjoignit un autre Tory moins capable, et, s'il est possible, encore plus corrompu que lui, sir Barlholomew Shower. Shovver s'était acquis une triste célébrité comme l'un des bourreaux de Jacques. Quand ce roi cruel résolut de punir de mort les soldats qui désertaient l'armée qu'il maintenait au mépris de la Constitution, il vit bien qu'il ne pouvait compter sur la coopération de Holt, le Recorder de Londres. En conséquence Holt fut déposé ; Shower devint Recorder et prouva sa reconnaissance après sa nomination en envoyant à Tyburn des hommes auxquels, comme le savaient tous les légistes des cours de justice, on ne pouvait reprocher le moindre crime. 11 aurait certes bien

mérité d'être excepte de l'amnistie et al)andonné à la vengeance des lois, qu'il avait si indignement" outragées. La conduite par laquelle il répondit à la clémence qui l'avait épargné fut des plus caractéristiques. Il ne laissa échapper aucune occasion de nuire au gouvernement qui l'avait sauvé de la potence. Après avoir versé le sang innocent dans le but de procurer à Jacques les moyens d'entretenir une armée de trente mille soldats sans le consentement du Parlement, il déclara monstrueux que Guillaume tint sur pied dix mille hommes avec le consentement de celte assemblée. Le fait qu'un grand corj)s constitué se montra si oublieux du passé et si irrité du présent au point de prendre cet intrigant vil ot sans cœur pour un patriote, était bien propre à justifier les plus sombres présages.

Quand les élections furent complètes, on s'aperçut que la nouvelle Chambre des communes renfermait un nombre insolite d'hommes dont les antécédents étaient peu connus, et sur l'appui desquels ni le gouvernement ni l'opposition ne pouvaient compter. Les rangs des AVhigs ministériels zélés s'étaient certainement beaucoup éclaircis, mais il ne paraissait pas que ceux des Tories fussent mieux renq)lis qu'auparavant. Les membres du corps représentatif qui aj)partenaient au premier parti, sans être ministériels, avaient obtenu un grand renfort, et pendant quebjue temps ils semblèrent tenir le sort du pavs entre leurs mains. Il était évident (jue la prochaine session serait orageuse, cependant il n était pas impossible (ju'en agissant avec prudence les partisans de la couronne ne réussissent à obtenir une décisive luaiorilé. Vers la (in du mois d'août, les hoin-

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mes d'Etat de la Junte, déçus et inquiets, mais non découragés, se dispersèrent afin d'aller l'aire provision de vigueur et de santé pour la prochaine campagne parlementaire. Des courses avaient lieu à cette époque dans le voisinage de Winchenden, résidence de Wharton, dans le Buckinghamshirc, et une nombreuse société s'y trouvait réunie. Orford, Montague et Shrewsbury s'y rendirent, mais Somers, à qui ses infirmités chroniques, aggravées par une application soutenue aux affaires politiques et judiciaires, interdisaient les foules et les banquets somptueux, se retira à Tunbridge- Wells et tâcha d'y réparer ses forces, épuisées en pre-nant les eaux et en respirant l'air des bruyères. C'est sur ces entrefaites qu'arrivèrent de Gueldre à Whilehall des nouvelles de la plus grande importance.

La longue négociation concernant la succession d'Espagne était enfin parvenue à une conclusion. Tallart avait .rejoint Guillaume à Loo et s'y était rencontré avec Heinsius et Portland. Après bien des discussions, le prix moyennant lequel la maison de Bourbon consentirait à renoncer à ses droits sur l'Espagne et les Indes, pour appuyer les prétentions du prince électoral de Bavière, avait été définitivement fixé. Le Dauphin aurait la province de Guipuscoa, Naples, la Sicile et quelques petites îles italiennes qui faisaient partie de la monarchie espagnole. Le Milanais était assigné à l'archiduc Charles, Comme le prince électoral n'était encore qu'un enfant, il fut décidé que son père, qui gouvernait alors les Pays-Bas espagnols en qualité de vice-roi, serait régent d'Espagne pendant sa minorité. Tel fut le premier traité de partage, traité qui, pendant cinq géné-

rationSy a ctc Imuîemcnt et hardiment condamné, traité pour lequel il s'est à peine trouvé un historien qui ait osé hasarder une timide excuse, mais qu'il n'est peut-être pas inipossihle de justifier à l'aide d'arjTuments graves et modérés.

Lorsque les conditions du traité de partage furent publiées, on prétendit, et on l'a souvent répété depuis, qu'on foisant cet ariangcment ayec la France, les gouvernements anglais et hollandais se rendaient coupables de violation à la foi jurée. Ils s'étaient engagés, affirmait-on, par l'article secret d'un traité d'alliance conclu en 1680, à soutenir les prétentions de l'empereur au trône d'Espagne, et maintenant, au mépris de cet article, ils consentaient à un arrangement qui l'excluait de ce trône- La vérité est que cet article secret, qu'on le prenne à la lettre ou qu'on ne s'attache qu'à l'esprit, n'a pas le sens qui lui a été généralement allribué. Les stipulations qu'il renferme étaient amenées par un préambule dans lequel on exposait que le Dauphin se préparait à soutenir par les armes ses droits au grand héritage auquel sa mère avait renoncé ; on ajoutait mémo qu'il y avait sujot de croire qu'il aspirait aussi au titre de roi des Romains. C'est pour ces raisons, et en prévision des fâcheuses conséquences qui pourraient résulter, si le Dauphin atteignait l'im ou l'autre de ces deux buts, que l'Angleterre et les Ktats- (îénéraux avaient promis de soutenir de tout leur pouvoir Sa Majesté bnpériale contre les Français et leurs adhérents. Assurément ou no peut raisonnablement inlV'rer de cet argument que, quand les dangers mentionnés dans le préambule eurent cessé d'exister, quand

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