CHAPITRE TI. IfiS
l'aîné des archiducs fut roi des Romains, quand, pour l'amour de la paix, le Dau})liin eul renoncé à ses droits à la couronne d'Espagne, l'Angleterre et les Provinees- Unies fussent obligées de prendre les armes dans le but de soutenir la cause de l'empereur, non contre la France, mais contre son petit-dls, — contre le seid prince qui pût régner à Madrid sans exciter la crainte et la jalousie de toute la cluétienlé.
Tandis que quelques personnes accusaient Guillaume de manquer de parole à la maison d'Autriche, d'autres l'accusaient de se mêler mal à propos des affaires intérieures de l'Espagne. Dans la plus ingénieuse et la plus plaisante des satires politiques qui existent dans notre langue, « l'Histoire de John Bull » par Arbuthnot, l'Angleterre et la Hollande sont représentées sous la figure d'un drapier et d'un marchand de toile qui entreprennent de régler la fortune d'un vieux gentilhomme malade de leur voisinage. Ils se rencontrent dans son parc, a\ec du papier, des crayons, une perche, un cordeau et un graphomètrc; ils mesurent ses cliamps, calculent la valeur de ses mines, puis se rendent à sa maison pour faire l'inventaire de sa vaisselle et de son mobilier. Mais cette plaisanterie, tout excellente qu'elle est, mérite à peine une sérieuse réfutation. Aucune personne ayant le droit d'émettre une opinion en matière politique ne pensera que la question de savoir si deux des plus puissants empires du monde pouvaient êtie virtuellement réunis de manière à ne former qu'un seul et irrésistible corps, était une cpieslion qui ne concernait en rien les autres Étals, et à |>ropos de laquelle ils ne pouvaient se concerter entre
^Gi lîÈGNE DE GUILLAUME III.
eux sans commettre une impertinence aussi grossière que celle d'un brouillon qui, dans la vie privée, voudrait ' absolument dicter des lois à ses voisins. Si la monarcbie espagnole passait tout entière à la maison de Bourbon, il était très-probable qu'au bout de quelques années, l'Angleterre aurait cessé d'être une nation grande et libre, et que la Hollande ne serait plus qu'une simple province de la France. L'Angleterre et la Hollande auraient pu légalement détourner un semblable danger en faisant la guerre, et il serait absurde de dire qu'un danger qui peut être légalement évité par la guerre ne peut l'être aussi bien par des mesures pacifiques. Si les nations sont assez profondément intéressées dans une question pour avoir le droit de recourir aux armes afin de la régler, elles y sont assurément assez intéressées pour avoir le droit de recourir à des arrangements pacifiques pour obtenir le même but. Cependant, quelque étrange que cela paraisse, plusieurs historiens qui ont hautement approuvé les gouvernements anglais et hollandais d'avoir entrepris une longue et sanglante guerre dans le but d'empêcher que la question de la succession d'Espagne ne se décidât d'une manière préjudiciable pour eux, les ont sévèrement blâmés de s'être elfoicés d'atteindre le même but sans verser une goutte de sang, sans augmenter les impôts, et sans interrompre un moment le commerce du monde par terre ou par mer.
On a [)réteudu t\n'\\ était injuste de la part de trois Ktats d'avoir médité le démembrenu'iit d'un quatrième sans son consenteuKMit, et de nos jours ce partage de la monarchie espagnole projeté en 1(51)8 a été comparé