‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 60 sur 147 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

au plus grand crime politique qui souille l'histoire de l'Europe moderne : le partage de la Pologne. Mais ceux qui tiennent un pareil langage ne peuvent avoir étudié attentivement la nature de la monarchie espagnole au dix-septième siècle. Cette monarchie n'était point un corps unique dont les parties fussent cimentées par un principe de vitalité et de sentiments uniformes : c'était un assemhlage de corps distincts dont aucun n'avait de sympathie réelle pour le reste, et dont quelques-uns avaient une antipathie positive les uns pour les autres; le partage projeté à Loo était donc le parfait contraste de celui de la Pologne. Le partage de ce pays fut le démembrement delà nation; il peut être comparé à celui d'un homme vivant dont on arracherait violemment les membres. Le partage projeté à Loo était celui d'un empire mal gouverné et ne formant pas un corps de nation. On le pourrait assimiler à la délivrance d'un troupeau d'esclaves hés ensemble au moyen de carcans et de menottes, et dont l'union n'a produit que des souffrances et un dégoût mutuel. Il n'y a pas la moindre raison <à croire que les Napolitains eussent préféré le roi catholique au Dauphin, ou que les Lombards eussent préféré le roi cathohque à l'archiduc. On peut se faire une idée du peu de répugnance que les Guipuscoans auraient éprouvé à se séparer de l'Espagne, parle fait que quelques années plus tard les Etals de Guipuscoa offrirent de devenir les sujets du roi de France, à condition que leurs privilèges particuliers seraient respectés.

Le partage eut indubitablement blessé la fierté castillane ; mais l'orgueil que met une nation à exercer

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sur les autres uuo domination despotique et dégradante, une domination sans prudence et sans énergie , sans justice et sans miséricorde, n'est assurément pas un sentiment digne de respect, et un Castillan même, doué de quelque sagacité, devait comprendre qu'un héritage revendiqué par deux des plus puissants potentats de l'Europe ne pouvait guère passer intact à l'un d'eux; qu'un partage était donc inévitable, et que la véritable question était de savoir si ce parlaye serait effectué par une entente amicale, ou s'il serait nécessaire d'en venir à une guerre longue et désastreuse. Il n'y a donc, semble-t-il, aucune raison de considérer les conditions du traité de Loo comme injustes, soit pour l'Empercui', soit pour la monarchie espagnole prise dans son ensemble, soit même pour une partie quelconque de cette monarchie. Quant à savoir si ces conditions étaient ou n'étaient pas trop favorables à la France, c'est une autre question. On a souvent prétendu qu'elle aurait gagné davantage en s'annexant irrévocablement Guipuscoa, Naples et la Sicile, qu'en envoyant le duc d'Anjou ou le duc de Borry régner à l'Escurial. Toutefois s'il est un point sur lequel l'opinion de Guillaume doive être respectée, c'est celui-là. Qu'il comprit parl'ailcmenl la politique de l'Europe, c'est ce dont on ne saurait pas plus douter que de cette jalousie contre la grandeur de la France, qui chez lui était une passion dominante, prescjue une inlirmité. Par consé- (|uent, avant de le hlànier d'avoir fait de grandes concessions à un pouvoir qu'il avait pour but constant de contenir dans de justes limites, nous ferons bien d'examiner si ces concessions ne peuvent pas, après

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