‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 3)Chapitre 6 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

bien no pas voir sans quelque alarme le danger auquel le rovaunio serait exposé par le licenciement de toutes les troupes. Supposez une guerre éclatant soudain avec la plus puissante monarchie de la chrétienté et nous surprenant sans un seul bataillon d'infanterie régulière, sans un seul escadron de cavalerie régulière, quels désastres ne pourrions-nous pas appréhender raisonnablement? 11 serait absurde de prétendre qu'une descente ne pourrait avoir lieu avant qu'on en fût prévenu, et que nous aurions le temps de lever et de discipliner une grande force. Un prince absolu, dont les ordres donnés secrètement étaient promptement obéis par ses capitaines, sur le Rhin et sur l'Escaut, par ses amiraux dans la baie de Biscaye et dans la Méditerranée, pouvait avoir tout disposé pour frapper un coup longtemps avant que nous fussions prêts à le parer. Quelle serait notre alarme d'apprendre que des vaisseaux ralliés de divers points éloignés et des régiments appelés de garnisons non moins distantes, se trouvaient réunis sur im point en vue de nos côtes? Se fier à notre flotte, c'était se fier aux vents et aux flots. La brise propice à l'invasion serait celle qui empocherait nos vaisseaux de niotlre à la mer. N'était-ce pas justemont arrivé il y avait neuf ans? Le vent protestant qui avait amené la flotte hollandaise dans la Manche avait repoussé la flotte du roi Jacques dans la Tamise. Il fallait donc admettre la probabihté du débarquement d'un ennemi. Or, s'il débanpiait, que trouverait-il? Un pavs découvert, un riche pays, partout des approvisionnements et pas une rivière qui ne fût guéable, aucune forteresse comme celles qui protègent les fertiles

plaines de l'iliilie, aucun lolranchement artiliciol comme ceux qui, à chaque pas, retardent la marche d'un vainqueur dans les Pays-Bas. Tout dépendrait donc de la ferme résistance de la milice. Mais ce serait une perfide flatterie que* de ro|)réseiiter la milice comme capable de tenir léte en lase campagne à des vétérans qui se sont préparés toute leur vie au jour de bataille. Los exemples qu'on se plaisait à citer des exploits de ces soldats arrachés à la grange et à la boutique n'étaient que des thèmes d'écolier. Somers, qui avait étudié l'ancienne littérature non en écolier, mais en homme, — chose rare de son temps, — disait que ces exemples réfutaient la doctrine dont on en faisait les arguments. A la déclamation sur les Lacédémoniens, il répondait avec j)récision et une heureuse exactitude, que ]a république de Sparte était en réalité une armée permanente qui menaçait tout le reste de la Grèce. Par le fait, le Spartiate n'avait d'autre profession que celle de la guerre; il ignorait les arts, les sciences et les lettres, abandonnant avec mépris aux hommes d'une caste inférieure le travail de la bêche et du métier, ainsi que le petit gain du eonmicrce. Toute son existence, depuis l'enfance jus'iu'à la vieillesse, était une longue éducation militaire, tandis que l'Athénien, le Corinthien, lAigien, le Thébain, s'occupait j)rincipalement de son champ d'oliviers et de sa vigne, de sa boutique ou de son atelier, ne prenant son bouclier et sa lance (pie pour peu de temps et à de longs intervalles. La différence donc entre une jdialange lacédémonieime et toute autre phalange, était aussi grande (pie la différence entre un r(''ginu^rit des gardes fran-

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